La division sexuelle du travail militant

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La question des rapports sociaux de sexe traverse l’ensemble de la société, il est donc inévitable qu’elle traverse également les organisations militantes. Un ensemble de travaux récents en sociologie s’attache à mettre en évidence ces inégalités.

Le premier élément d’inégalité social entre hommes et femmes concerne l’engagement militant. De manière traditionnel, l’espace social a été partagé en deux royaumes : à l’homme l’espace public de la cité, à la femme, le foyer domestique...

On pourrait penser que dans nos sociétés contemporaines occidentales cette vision traditionnelle est dépassée. Pourtant, l’engagement dans l’espace public des femmes reste inférieur à celui des hommes et varie selon le type de militantisme. En effet, les femmes s’investissent plus facilement dans le militantisme associatif jugé plus concret que dans le militantisme politique, plus idéologique ; et la proportion des femmes dans les organisations d’extrême gauche est faible, plus encore dans les organisations anarchistes.

Il semble en particulier que l’image viriliste véhiculée parfois par ces dernières ne soit pas sans lien avec cette particularité. Ce rapport à l’espace public se traduit également par une plus grande difficulté des femmes à prendre la parole par exemple dans les assemblées générales. Il faut également prendre en compte dans l’inégal investissement des hommes et des femmes, le problème de la division sexuelle du travail au sein de l’espace domestique. L’assignation encore bien souvent prépondérante des femmes aux tâches d’éducation des enfants et aux activités ménagères.

La loi d’airain de la patriarchie

On parle souvent du plafond de verre qui traduit le fait que les femmes n’occupent pas les postes de direction dans les entreprises ou encore de la sous-représentation des femmes parmi les élu-e-s politiques que les lois sur la parité ne compensent pas. Il faut cependant constater que les organisations militantes, en particulier syndicales, souffrent des mêmes inégalités. Les femmes demeurent moins présentes que les hommes dans les postes à responsabilité. Ainsi, sur le modèle de la loi d’airain de l’oligarchie – qui affirme que toute organisation au-delà d’une certaine masse tend à générer une bureaucratie dirigeante – certaines sociologues parlent de loi d’airain de la patriarchie. Plus encore, certains travaux montrent que bien souvent ce sont les femmes capables d’adopter des comportements dit masculins qui parviennent à ces postes de responsabilité.

Un tel état de fait interroge là aussi sur la capacité des organisations militantes à adopter d’autres valeurs que celles de la domination masculine pour s’ouvrir peut être à un militantisme qui met en avant une éthique de la sollicitude, des valeurs liées au care.

Mixité et non-mixité

Les travaux des théoriciennes féministes ont conduit à élargir la notion de travail, qui restait dans la théorie de Marx limitée au travail productif de l’ouvrier, invisibilisant ainsi l’exploitation du travail reproductif effectué par les femmes au sein de l’espace domestique. Dans la continuité de ces recherches, des sociologues analysent la division sexuelle du travail militant.

On peut ainsi s’apercevoir de l’existence d’une division verticale du travail qui touche également le contenu des tâches effectuées par les unes et les autres. Les femmes s’investissent plus souvent sur les tâches techniques que plus proprement politiques. Il faut se souvenir que le mouvement féministe de la deuxième vague, le Mouvement de libération des femmes (MLF), s’est justement constitué autour de la non-mixité à cause de cette difficulté des femmes à trouver leur place dans les espaces militants mixtes.

Les travaux actuels de sociologie sur ces questions montrent l’importance qu’il y a à faire attention à cette dimension dans notre militantisme encore aujourd’hui.

Irène (AL Paris Nord-Est)

 
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