Les Chroniques du travail aliéné : « Je ne peux plus supporter ma collègue »

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La chronique mensuelle de Marie-Louise Michel (psychologue du travail).

« Je ne peux plus supporter ma collègue », Jean-Eudes,* ex-agent immobilier

Voilà six mois, j’ai décidé de me lancer dans le métier d’agent immobilier lorsque j’ai su que l’agence X recrutait. Le patron m’a embauché pour remplacer une personne d’une petite agence locale qui avait démissionné. Au début, je devais être accompagné et formé par la seule personne qui deviendrait ma collègue ensuite. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. La collègue ne m’a pas aidé du tout. La mission : faire de la prospection de « produits », maisons à vendre surtout, ce qu’ils appellent un « mandat », en distribuant des prospectus dans les boîtes à lettre, savoir faire une estimation et vendre la maison. Il a fallu que je me débrouille comme je pouvais avec des collègues de la ville voisine pour apprendre, déjà à faire une estimation et ensuite le reste. Or, on a un chiffre à faire. En fait, on reçoit chaque mois une avance sur commission et au fur et à mesure que nous faisons une vente, l’avance est diminuée. On est gagnant lorsque les commissions dépassent l’avance qui nous a été faite. Alors, je ne fais pas les objectifs demandés. Je ne peux plus supporter ma collègue. Elle me parle comme à un chien. Si c’était un homme, il y a longtemps que je lui aurais donné un coup de boule ! Je n’en peux plus, j’ai démissionné ! Et c’est à cause d’elle si je démissionne ! Je n’arrive pas aux objectifs alors que ma collègue les dépasse facile ! Je n’arrive pas à forcer les clients à acheter. Je me mets à leur place tout le temps. Alors, évidemment je ne sais pas appuyer là où il faut pour forcer la vente. Je n’arrive pas à « closer », comme ma collègue. Ça doit être pour ça qu’elle ne m’a pas aidé. Je suis le troisième qui s’en va comme ça. Je suis stressé, stressé… C’est la première fois que ça m’arrive, d’habitude je me suis toujours bien entendu avec mes collègues de travail. Et moi, pour travailler, j’ai besoin d’être reconnu ! Je vais dire au patron que le quatrième va sûrement aussi démissionner. Elle est trop odieuse !

• Seul le prénom est modifié, le reste est authentique.

 
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