Bretagne : La colère noire que masquent les bonnets rouges

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Les salarié-e-s de l’agro-alimentaire en Bretagne subissent une crise sans précédent. Leur mobilisation pour l’emploi a été récemment esquivée par l’emballement médiatique autour de la révolte antifiscale des bonnets rouges. C’est au mouvement syndical de reprendre la main.

La crise économique frappe très fort le monde industriel. Après l’automobile, c’est au tour de la filière agro-alimentaire d’être durement touchée. Dans une région comme la Bretagne, une faillite généralisée de cette dernière pourrait avoir des conséquences aussi dramatiques que la fermeture des mines dans le Nord-Pas-de-Calais : chômage de masse, paupérisation, repli sur soi, montée du racisme... Le modèle agro-industriel breton est basé sur une agriculture très intensive, de faibles coûts salariaux et une bonne dose d’aides européennes. Cela fait des années que les associations de défense de l’environnement, la Confédération paysanne et l’ensemble des forces anticapitalistes dénoncent ce modèle qui ne pouvait pas être viable éternellement.

Après les difficultés de Doux, Gad ferme l’abattoir de Lampol, le volailler Tilly Sabco menace de fermer… Les patrons sont responsables de cette situation : Doux a créé des entreprises au Brésil et a exporté sa production vers la France en faisant concurrence à sa propre production locale. Tilly Sabco s’est gavé de subventions européennes à l’export sans en faire profiter ses salarié-e-s payé-e-s au Smic pour des conditions de travail très difficiles.

Catastrophe pour les salarié-e-s

Il y a un vrai désespoir chez les salarié-e-s qui savent que derrière la fermeture de l’usine les possibilités de reconversion sont très faibles. Il n’y a pas de tradition de lutte dans ce secteur d’activité où la répression patronale est d’une violence rare. Ainsi, il n’est pas tout à fait surprenant de voir une révolte désordonnée qui a du mal à cibler les coupables. L’épisode de l’affrontement des salarié-e-s de Gad Lampol avec les salariés de Gad Josselin en est une malheureuse illustration. Les salarié-e-s du producteur de saumon Marine Harvest et d’autres boîtes en difficulté avaient, dans ce contexte, choisi d’organiser une manifestation pour le maintien de l’emploi le 2 novembre à Quimper. Entre-temps, les patrons routiers et les agriculteurs soutenus par la FNSEA avaient commencé à faire parler la poudre contre l’écotaxe le 26 octobre. Cette manifestation peu suivie (900 personnes) a connu un écho médiatique énorme, notamment autour de la reprise des bonnets rouges, symbole de la révolte antifiscale bretonne sous l’ancien régime.

Drapeau breton

Les frondeurs contre l’écotaxe – qui n’est pour rien dans la crise de l’agro-alimentaire – se sont greffés à la manifestation de Quimper pour l’emploi, le tout unifié par une dynamique régionale symbolisée par le drapeau breton. Comme pour la lutte contre la centrale nucléaire de Plogoff dans les années 1980 et la défense de l’hôpital de Carhaix dans les années 2000, la dimension régionaliste joue un rôle majeur. Autant cette solidarité régionale a largement aidé au maintien de l’hôpital de Carhaix, autant elle permet aujourd’hui l’alliance de forces progressistes (NPA, Breizhistance, de nombreuses sections syndicales) avec des forces réactionnaires (FNSEA, Medef, UMP, FN, Jeunesses identitaires…).

Quels mots d’ordre retenir de la manifestation de Quimper ? Le maintien de l’emploi ? Vivre et travailler au pays ? La fronde poujadiste antifiscale ? Nous ne nous permettrons pas de juger cette mobilisation d’un regard méprisant à la Mélenchon. Pour autant, les salarié-e-s ont des intérêts opposés à ceux de leurs patrons et ne gagneront rien à les soutenir. Le 23 novembre l’ensemble du mouvement syndical breton appellait à la mobilisation pour la défense de l’emploi. Espérons qu’il va reprendre l’offensive. La contestation sociale doit être entre les mains des salarié-e-s et tournée contre ses ennemis : le patronat et les actionnaires !

Lulu et Steph (AL Nantes)

 
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