Bruno Niederkorn (porte-parole du STEG-UTG) : Grève étudiante en Guyane

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Depuis le 8 octobre un grand mouvement étudiant et lycéen a secoué la Guyane, les revendications concernaient des aspects matériels de la vie étudiante (restauration, transports…). Les étudiants et étudiantes exigeaient aussi la démission des responsables du pôle universitaire de la Guyane, la réouverture des filières d’enseignement fermées et la création d’une université de plein exercice (elle dépendait jusqu’ici de l’université Antilles-Guyane).

Un des animateurs du mouvement, Bruno Niederkorn, vacataire à l’université et porte-parole du STEG-UTG, membre de l’intersyndicale des personnels grévistes et de la délégation ayant négocié avec le préfet, a bien voulu répondre à nos questions.

Alternative libertaire : Peux-tu nous rappeler comment et pourquoi a commencé le mouvement ? Comment en est-on arrivé aux revendications d’aujourd’hui ?

Bruno Niederkorn : Fin septembre 2013, il y a eu une prise de conscience des difficultés matérielles des professeur-se-s et des étudiants et étudiantes. La non-ouverture de la licence professionnelle « protection de l’environnement » a été le détonateur du mouvement. Le personnel était en souffrance par rapport à la gouvernance du pôle universitaire guyanais (harcèlement, intimidations voire agressions, y compris sur les étudiants et étudiantes). L’assemblée générale du 3 octobre 2013, réunissant environ 200 personnes sur 2 500 étudiants et personnels à l’université, a voté la grève pour le 8 octobre 2013. Après la première semaine de grève l’analyse portant sur le manque de moyens a permis à tous les membres de l’intersyndicale (Snesup-FSU, SNPTES-Unsa, Steg-UTG, Sgen-CDTG) et au collectif étudiant de poser la revendication d’une autonomie renforcée. Après la deuxième semaine, devant le blocage de l’État, l’analyse même des plus modérés a conduit à demander la séparation d’avec les Antilles et une université de plein exercice.

N’y a-t-il pas eu des frictions au sein de l’intersyndicale des personnels entre des syndicats réformistes (Sgen-CDTG, SNPTES-Unsa) et d’autres plus radicaux (Steg-UTG) ?

Bruno Niederkorn : Dans l’intersyndicale du pôle universitaire guyanais, il n’y a jamais eu aucune tension entre organisations syndicales. Par contre nous avons rencontré des difficultés avec les fédérations Sgen-CDTG et FSU. La CDTG a tenté de négocier à notre place et la FSU a refusé depuis le début l’université de plein exercice.

Que penses-tu de l’auto-organisation étudiante dans ce conflit ?

Bruno Niederkorn : L’auto-organisation étudiante a été très compliquée à mettre en œuvre. Ce n’est qu’au bout d’une semaine de grève que le collectif étudiant a été créé, mais il n’y a jamais eu de décalage entre le collectif étudiant et l’intersyndicale des personnels.

Une revendication phare du mouvement est la création d’une université de plein exercice. Pourquoi avoir adopté cette revendication ?

Bruno Niederkorn : Nous étions en butte à un système d’exploitation où les dotations étaient détournées, à un système de domination où il fallait l’autorisation de l’université Antilles-Guyane pour créer la moindre filière et à un système d’humiliation après les insultes de Raphaël Confiant [1]. On a compris après deux semaines de lutte que l’université Antilles-Guyane avait besoin de nous mais que nous n’avions plus besoin d’elle.

Quel dialogue avez-vous eu avec le gouvernement ?

Bruno Niederkorn : On a vu par exemple une délégation d’étudiants et de personnels se rendre à la permanence de Christiane Taubira, ministre de la Justice et y être reçus de manière détendue par la ministre elle-même. Les rapports avec l’État sont plutôt tendus. Nous avons refusé de rencontrer le préfet pendant quatre jours et Madame Taubira a joué un rôle facilitateur pour renouer le dialogue avec le préfet.

Comment êtes-vous arrivés à maintenir l’unité du mouvement entre intersyndicale des personnels et étudiants en lutte ?

Bruno Niederkorn : Les étudiants et étudiantes ont assisté à toutes les réunions de l’intersyndicale depuis le début du mouvement.

Quelles sont les forces politiques guyanaises qui soutiennent le mouvement ?

Bruno Niederkorn : Nous avons le soutien de toutes et tous les politiques depuis une semaine, notre démarche a été de chercher l’unité et nous l’avons obtenue. Depuis le début du mouvement sont présents à nos côtés les partis politiques Walwari [2], MDES (Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale) et Alain Tien-Liong président du conseil général.

Quelle a été l’implication de l’UTG (Union des travailleurs guyanais) dans ce conflit ? On a pu noter une grève des conducteurs de bus lors de la dernière journée de mobilisation, n’était-il pas possible d’aller plus loin vers la grève générale ?

Bruno Niederkorn : Depuis le début des liens sont faits entre la centrale UTG et le Steg-UTG. Depuis une semaine, l’UTG augmente son niveau de mobilisation, des débrayages ont été organisés dans des entreprises privées et il y a eu une solidarité financière de certaines sections.

Entretien réalisé par Jérôme (AL Guyane), le 10/11/2013

  • Précision : Un accord de fin de grève octroyant une université de plein exercice à la Guyane a été signé le 11 novembre 2013.

[1Écrivain et doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de l’Université des Antilles et Guyane.

[2Parti fondé entre autres par Christiane Taubira, proche du Parti radical de gauche et du PS.

 
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