Lire : Mona Chollet « Beauté fatale »

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Le sous-titre de l’ouvrage « Les nouveaux visages d’une aliénation féminine » annonce clairement la thèse de Mona Chollet. Les femmes sont ramenées aux rôles et aux domaines qui sont traditionnellement les leurs et ce phénomène est renforcé par la crise économique et sociale qui pousse les sociétés à se refermer. Le désenchantement politique, l’absence d’idéal poussent à répondre aux sollicitations permanentes à consommer.

Le cinéma, la publicité, les séries télé, la presse féminine, imposent un seul modèle de femme : blanche, jeune, mince, sexy et apprêtée. Et les femmes s’épuisent à tenter de s’y conformer par peur de ne pas être aimées, d’être rejetées : consultation et commentaire des blogs mode et beauté, achat d’accessoires, consommation de cosmétiques, obsession de la minceur allant jusqu’à l’anorexie (dont on nie la dimension sociale pour n’en retenir que le caractère psychologique individuel), chirurgie esthétique, épilation imposée, défrisage et dépigmentation.

Les artistes ne sont plus interrogées sur leur art mais sur les produits de beauté qu’elles utilisent, la presse people scrute à la loupe leurs looks et les commentent de façon très critique (poids, négligence/élégance).

La presse féminine complète ce matraquage d’être dans la norme esthétique par les conseils psy, résumables à : ne soyez pas (trop) indépendantes.

Les médias français renforcent encore cette aliénation en prétendant qu’il y a une égalité dans les rapports sociaux de séduction et que la galanterie est une exception française à conserver. C’est une façon de penser qui maintient les femmes en état d’infériorité.

Elles sacrifient à ces formes d’aliénations leur temps, leur argent, l’énergie qu’elles pourraient consacrer à d’autres choses et leur estime personnelle. Leurs capacités sont sous-utilisées et leur liberté est amoindrie.

Cependant les domaines traditionnellement féminins (souci de l’apparence, sensibilité aux objets, goût de la vie au foyer et de la nature) constituent une forme de culture et ne sont pas abêtissants dans l’absolu, si les femmes n’y sont pas cantonnées. De même, les magasines féminins parlent aux femmes de leurs vies quand la presse généraliste ne s’intéresse pas à la vie quotidienne.

Les nombreuses citations et références, les biographies de vedettes de l’écran et de la mode, réduites à des rôles de porte-manteaux maigrichons, illustrent richement la thèse de Mona Chollet. On sort de la lecture un peu assommé-e par la taille du champ de bataille et décidée à l’offrir à toutes celles qui disent : « Je me pomponne mais c’est seulement pour moi ».

Christine (AL Orne)

• Mona Chollet, Beauté fatale, Zones, 2012, 240 pages, 18 euros.

 
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