Madagascar : La France truque les jeux

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À la loterie malgache, le gagnant serait Andry Rajoelina, qui a réussi à pousser à l’exil le « président élu » Marc Ravalomanana. Ce dernier annonce pourtant son retour prochain à Madagascar. L’Etat français n’est pas seulement spectateur.

Pour accéder au pouvoir, Rajoelina a repris la technique de son prédécesseur Ravalomanana : prendre la mairie de la capitale Tananarive et, par une mobilisation de rue, se saisir du pouvoir. Mais si le pouvoir politique de l’État s’est affaibli ces derniers mois, ce n’est nullement au profit des populations, plutôt à celui des oligarques, des baronnies régionales, et de réseaux politiques sur le retour. Ainsi, Noël Rakotonandrasana, colonel dont l’action a été décisive dans le départ de Ravalomanana, a été nommé un mois après ministre de la défense : le nouveau pouvoir se sait précaire et cherche à augmenter la base de ses soutiens. Pour le moment, rien n’est joué. Même si Rajoelina a un léger avantage, Ravalomanana semble décidé à rejouer la partition : quelques milliers de ses partisans manifestent quotidiennement dans la capitale.

Zones d’ombres

Il reste quelques zones d’ombres dans la prise de pouvoir de Rajoelina. Le 6 mars, il semble en bien mauvaise posture et trouve refuge à l’ambassade de France. Le 7 mars, des manifestants le soutenant se font littéralement abattre devant le palais présidentiel. Dix jours plus tard, ses mêmes soutiens s’emparent du palais présidentiel de Ravalomanana. Pendant ce laps de temps, une partie des forces militaires, stationnées autour d’Antananarivo, avait annoncé ne plus soutenir le président en exercice. Si les rapports de forces internes peuvent expliquer des revirements, il est peu probable que l’État français ne soit que spectateur.

L’ancienne puissance coloniale reste le principal « bailleur bilatéral » [1] de l’île, et ne voit certainement pas d’un trop mauvais œil Ravalomanana en position de faiblesse, ce dernier étant réputé pour sa volonté de rapprochement avec le monde anglo-saxon.

un Eldorado foncier pour les grandes puissances ?

Ce qui se joue à Madagascar est lié à la tentative de la Corée du Sud, par l’intermédiaire de la multinationale Daewoo, de venir exploiter des terres dans l’île. En novembre 2008 l’entreprise annonce avoir signé avec l’État malgache un protocole d’accord portant sur l’exploitation de 1,3 millions d’hectares de terres, pour la production de maïs et d’huile de palme à destination de la Corée du Sud pour une durée de 99 ans, tout cela, évidemment, sans aucun débat dans l’île [2]. Le 19 mars dernier, Rajoelina suspendait l’accord. L’accaparement et la recherche de profits étant deux fondements du capitalisme, il y a fort à parier que les tentatives de néo-colonialisme foncier en direction de Madagascar comme d’autres pays du Sud, avec ses pots-de-vin, ne vont pas cesser de sitôt !

Emilie B. et Simon Laviec (Saint-Denis)

[1C’est à dire d’État à État, sans passer par les structures de type FMI ou Banque mondiale.

[2Voir à ce sujet la mobilisation lancée par Peuples solidaires et le collectif de Défense des Terres Malgaches : http://www.peuples-solidaires.org/article915.html et http://www.terresmalgaches.info

 
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