Antilles, Guyane, La Réunion, Kanaky... L’économie coloniale en question

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En Guadeloupe, le collectif LKP offre un modèle de ce peut proposer le syndicalisme de lutte pour susciter un grand mouvement populaire. Toute l’organisation économique est à révolutionner.

La grève générale aux Antilles a permis à la population de l’Hexagone d’en découvrir une image moins idyllique que d’ordinaire : celle de la précarité et d’un chômage de masse dans la jeunesse, celle de la vie chère, de salaires de misère, du racisme et des discriminations. Elle découvre des peuples qui se révoltent contre un système qui les écrase pour le profit de quelques riches familles françaises.

Les mobilisations contre la vie chère ont d’abord touché la Guyane pour se propager ensuite à la Guadeloupe et à la Martinique avant de gagner la Réunion. En mars, la Kanaky a aussi promis un bel accueil à François Fillon.

Importations massives et dépendance

Même si elle est amplifiée par la récession, la vie chère n’est pas une nouveauté, c’est un élément structurel de l’économie des colonies françaises. Celle-ci se caractérise par des importations massives de produits manufacturés, mais aussi agroalimentaires de France. Pour donner l’exemple des Antilles, d’autres solutions seraient possibles comme le développement d’une industrie locale, et des importations des pays caribéens ou latino-américains, voire d’Amérique du Nord dont le coût de transport serait moins élevé. Mais les capitalistes békés, descendants des familles de planteurs esclavagistes qui tiennent l’économie (grandes plantations, tourisme, commerce de gros import-export) de ces îles, s’y sont toujours opposés. Ils ont fait le choix d’un système de dépendance économique étayé par des transferts massifs de fonds publics destinés à financer, les prestations sociales (RMI, allocations familiales dont le montant, il y a encore peu de temps, était inférieur à celui pratiqué en France) et le nombre d’emplois publics nécessaire à l’achat de la paix sociale.

La population de l’Hexagone découvre tout cela grâce à la grève générale aux Antilles. Mais elle découvre également des luttes d’une puissance trop rare en métropole. Les grèves avec occupation, les barricades, les barrages sur les routes ne sont pas une nouveauté, mais des pratiques qui ont marqué les luttes de ces dernières décennies.

Les travailleurs et les travailleuses ont su s’y doter de syndicats de lutte qui ont contribué à élever la conscience des classes populaires en faisant admettre que seul le rapport de forces permettait d’imposer les revendications.

L’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG, indépendantiste) avec 52 % des voix aux élections prud’homales de décembre 2008 est le syndicat majoritaire. La CGT Guadeloupe (20 % des voix) est tout aussi combative.

Ces organisations sont les piliers du collectif Liyannaj kont pwofitasyon (LKP) qui rassemble à peu près tous les autres syndicats, les organisations politiques de gauche, d’extrême gauche et indépendantistes, les associations de lutte, les mouvements culturels. La force du LKP est d’avoir réalisé l’unité syndicale tout en créant les conditions d’une action de masse et d’un soutien populaire.

Sa plate-forme revendicative, si elle est progressiste, n’est pas révolutionnaire. Et, si elle constitue un point d’appui pour la libération nationale, elle n’est pas pour autant indépendantiste. Elle est un compromis entre les différentes forces.

Pour Jacques Bino

Cette grève générale ouvre la voie à une remise en cause du pouvoir patronal et de la concentration des richesses au sein de quelques familles. Car là est le problème. Il ne sera pas possible pour les peuples colonisés de construire une société plus juste sans remettre le pouvoir entre les mains de toutes et tous les exploités. Dans les colonies françaises comme ailleurs, c’est bien une alternative autogestionnaire qu’il faut construire.

En mai 1967, l’État avait ouvert le feu contre des dizaines de travailleurs guadeloupéens (lire AL de mai 2008). L’assassinat du militant de la CGTG Jacques Bino, ainsi que l’envoi répété de compagnies de gendarmes aux Antilles, sont révoltants et inquiétants. Nous exigeons leur départ immédiat.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

 
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