AG étudiantes : L’autogestion, tu l’aimes ou tu la quittes !

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La coordination nationale étudiante de Rennes, au mois de février, a mis en lumière les problèmes posés aux militants et aux militantes autogestionnaires dans chaque mouvement étudiant. Pour faire vivre l’autogestion et contre les querelles de clocher, réinvestissons les assemblées générales.

Les 14 et 15 février s’est tenue à Rennes la première coordination nationale du mouvement étudiant. Elle ressemblait à toutes les autres avec son lot de délégations litigieuses, l’Unef prête à tout pour prendre le contrôle de « la plus haute instance » de la lutte étudiante. De ces longues heures de débat souvent houleux, peu de choses pertinentes sont ressorties, si ce n’est quelques dates de manifs pour les perspectives et un catalogue revendicatif long comme le bras. Point positif, parmi cette pléiade de revendications figure l’abrogation de la LRU. Exigence évidente pour les grévistes de 2007 puisque toutes les mesures combattues aujourd’hui découlent de la LRU.

Et pourtant beaucoup ne souhaitaient pas la voir figurer dans l’appel de la coordination : l’Unef [1] dont l’investissement l’an passé dans la lutte contre la LRU était déjà plus que critiquable et l’Unef-TUUD [2] qui pense que réclamer l’abrogation aujourd’hui relèverait de l’utopie et serait « déprimant » car perdu d’avance.

Certains défendent leurs chapelles

Cette situation est typique des coordinations nationales étudiantes. Car plus qu’un lieu d’échange sur nos pratiques locales, sur nos objectifs et les moyens d’y parvenir, elles sont un front ouvert entre les organisations syndicales et politiques de jeunesse. Un véritable ring où chacun fait la démonstration de sa force. L’enjeu des « coord » est le contrôle, politique et médiatique, de la lutte, au profit de leur organisation. La victoire du mouvement n’y joue alors qu’un rôle secondaire.

Plusieurs fronts sont ouverts, opposant au sein même de l’Unef la tendance majoritaire à la TUUD, et (plus ou moins) ces deux-là au front des autogestionnaires (CNT, SUD, FSE, AL et inorganisé-e-s).

Ceux-ci peinent à faire entendre et respecter la voix des assemblées générales alors que les décisions qui y sont prises sont trop souvent outrepassées par des mandatés peu scrupuleux. Devant ces pratiques, les militantes et les militants autogestionnaires passent donc le plus clair de leur temps à recentrer les débats et dénoncer les manipulations plutôt qu’à radicaliser les discours et les actes. Et de ces longues discussions souvent stériles ne ressortent que des appels fades et creux, qui tiennent plus du catalogue de revendications que d’un appel à la lutte contre un système dépassant largement la LRU ou même l’université.

Un délégué n’est pas un robot

L’autogestion ne se fera pas par le haut. Ce n’est donc pas dans les coordinations qu’il faut pousser à l’autogestion mais dans les AG. Nous devons travailler ensemble à expliquer, à définir collectivement les cadres à donner aux coordinations, car ce sont les délégations qui fixent les modalités de déroulement des débats et des votes au début de chaque coordination. Ces cadres qui garantissent l’autogestion du mouvement sont par exemple les mandats impératifs. Avec le mandat impératif, le ou la mandatée est tenue de défendre les positions définies en amont par l’AG : il ne fait pas ce qu’il veut. Contrairement à ce qui est souvent annoncé, il n’est pas condamné à n’être qu’un robot devant répéter mot pour mot les décisions de l’AG. En effet celle-ci peut adopter des positions de principes permettant aux mandatés de répondre (dans la mesure du possible) aux cas particuliers…

Les mandatés doivent aussi être contrôlés grâce aux comptes-rendus détaillés des débats et des votes. La coopération doit aussi se faire sur les revendications en poussant à l’adoption de thématiques larges plus que sur l’abrogation de tel ou tel article de loi.

Investir les AG

On pourrait aussi envisager un autre rythme. Pourquoi pas une coordination régionale par semaine et une coordination nationale toutes les trois semaines pour une mise en commun des débats régionaux et définir la ligne nationale ?

La présence de militantes et de militants autogestionnaire dans les délégations doit permettre d’assurer le respect des mandats. Le fait que l’abrogation de la LRU apparaisse clairement dans l’appel de la coordination de Rennes le confirme. Cette revendication ayant été adoptée par la quasi-totalité des AG étudiantes comme de personnels, son absence aurait été perçue comme une trahison par les AG et comme un aveux de faiblesse par les médias et le gouvernement. L’Unef et les JCR ont dû s’y plier.

Faire des manifs en direction des entreprises

L’appel à l’abrogation de la LRU est donc un acquis récent. Mais c’est aussi une position de repli. Pour développer le mouvement, il faut avancer sur des questions d’ensemble. Cela, de plus en plus d’étudiants en sont conscients. Pour autant, nombres d’entre eux, en particulier les plus investis dans cette lutte, sont désorientés. Coincés entre la perspective de défection d’une partie des syndicats de professeurs et la volonté d’élargir la lutte au-delà d’un cadre trop corporatiste… Avec le risque que la mobilisation retombe comme elle a commencé.

Soyons clairs : notre marge de manœuvre est faible. Nous ne sommes pas pour autant désarmés. L’enjeu aujourd’hui, c’est de construire une mobilisation qui sorte des limites sectorielles, pour toucher l’origine même du malaise : la dégradation croissante de nos conditions de vie, et sa cause, le capitalisme. Sans se caricaturer, sans tomber dans un catastrophisme stérile, il s’agit d’avancer des mots d’ordre simples, comme par exemple « non a la précarité et à l’exploitation », les catalogues de revendications ayant montré leur limites. À nous ensuite de relier cette perspective à un travail concret d’intervention : poser la question en AG des boîtes qui vivent du travail des précaires (McDo, Quick ou… la Poste). De pousser à sortir du simple défilé autour du centre ville à des manifs devant ces boîtes. Posons aussi la question de la vie chère, à travers des pratiques de réquisition de richesses dans les supermarchés, etc.

C’est en articulant une contestation globale de l’éducation et des conditions de vies qui nous sont infligées, que nous pouvons espérer faire bouger le curseur en notre faveur. Et c’est en s’appuyant sur des pratiques locales concrètes, que l’on peut espérer faire bouger la lutte à l’échelle hexagonale, exporter ces pratiques, ces mots d’ordre dans les coordinations, pour frapper encore plus fort. C’est loin d’être gagné. Mais comme disait l’autre, les seules luttes qu’on perd sont celles qu’on abandonne…

Mathilde (AL Rennes) et Nico (AL Montpellier)

[1Historiquement, l’Unef est divisée en tendances souvent antagonistes. Depuis sa réunification en 2001 (contestée a la base) sa direction est tenue par des militants liés a la gauche du Parti Socialiste.

[2La TUUD, (Tendance pour une Unef unie et démocratique) est une tendance minoritaire au sein de l’Unef, contestant les positions de sa direction. Elle se veut plus radicale, et est composée essentiellement de militants du NPA jeunes, ex-JCR.

 
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