Politique

Élections municipales : Les communistes libertaires ont leur mot à dire

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Les prochaines élections municipales apportent leur lot de promesses et de tractations des différents candidates et candidats en vue d’être élu·es. Les communistes libertaires peuvent investir l’espace publique pour défendre leurs idées anticapitalistes et autogestionnaires. Une autre gestion des municipalités est possible, elle passera par la lutte et le changement des mentalités.

Les élections municipales commencent le 15 mars. Comme pour tous les scrutins, l’abstention y est en général massive (36,45% au premier tour en 2014). Et comme à chaque fois, les campagnes électorales sont, pour les candidates et candidats, l’occasion de multiplier des promesses qu’ils s’empresseront d’oublier une fois élu⋅es. Pourquoi, dès lors, nous y intéresser, en tant que communistes libertaires ?

D’une part, il s’agit malgré tout d’une photographie des rapports de force politiques de la période qu’il nous faut analyser. D’autre part, il s’agit d’une période durant laquelle les discussions politiques seront plus fréquentes qu’à d’autres, et c’est l’occasion de mettre en avant nos mots d’ordres et analyses.

En particulier, la spécificité de ce scrutin, en termes d’échelle et de proximité des candidates et candidats (à des degrés très divers bien sûr en fonction de la taille des communes) peut nous permettre d’engager des discussions sur des thématiques qui sont au cœur de nos préoccupations : la démocratie directe, l’autogestion, le contrôle des mandats.

Le premier aspect saillant est d’ores et déjà la claque que s’apprête à recevoir la Macronie. Lyon est la seule grande ville dans laquelle un candidat LREM est placé premier dans les sondages, en la personne de Gérard Collomb, crédité de 23 % des suffrages. Et encore, il s’agit là plus d’un phénomène de notabilité et d’ancrage local que du signe d’une adhésion au projet politique du gouvernement. Partout ailleurs ou presque, LREM est soit cantonnée aux seconds rôles, soit carrément absente, ses candi­dates et candidats prévu·es se désistant au profit de candidats LR.

On peut en tirer plusieurs conclusions. D’une part, la politique du gouvernement est massivement rejetée, l’étiquette LREM faisant localement figure de repoussoir. D’autre part, LREM, par sa forme même, est coupée du pays, et incapable de faire sortir du lot des candidates et candidats connus des habitants. Enfin, le jeu des alliances révèle LREM pour ce qu’elle est : une force politique ancrée à droite.

Une claque pour LREM

Le problème est que la force politique en embuscade, et qui tire son épingle du jeu, est toujours le RN. Chaque élection nous le montre  : les politiques néolibérales menées depuis 40 ans poussent toujours plus d’électrices et d’électeurs dans les bras des fascistes. En dépit du bilan catastrophique des « mairies brunes », le prétendu « plafond de verre » électoral du RN est, par bien des aspects, en train de céder. Un phénomène récurrent l’y aide  : les appels du pied, de part et d’autre, à des candidatures communes avec LR.

À ce stade, si LR privilégie toujours des alliances avec LREM, on ne peut que constater la multiplication de listes d’union entre candidates et candidats RN et ex-LR, notamment dans des villes moyennes (Sète, Lunel, Arras…). Seul signe positif : il semblerait que, comme pour les autres partis, l’étiquette RN soit difficile à porter pour les candidates et candidats, y compris dans des bastions RN, et que ceux et celles-ci préfèrent s’en passer, de peur de représailles….

Une nouvelle progression pour les fascistes

Du côté de LFI, et après la débâcle des européennes (6 % des suffrages), on dit modestement qu’il s’agit d’une « étape intermédiaire » avant la présidentielle. La consigne y est de se fondre dans des listes « citoyennes », sans mettre en avant l’étiquette LFI.

Le PCF, malgré la tradition bien ancrée du « communisme municipal », continue de s’effilocher, et s’apprête à perdre de nouveau des bastions, comme celui d’Ivry-sur-Seine. À l’extrême-gauche, les scores de LO, du POID ou du NPA devraient être insignifiants, à l’exception de Philippe Poutou à Bordeaux, qui approche les 10 % dans les sondages (avec le soutien de LFI).

Enfin, une dynamique se prolonge, et doit interroger nos positionnements en tant que communistes libertaires : celle des listes « participatives » qui se revendiquent du « municipalisme ».

D’abord, il s’agit d’un contexte de politisation locale important. Des tracts sont diffusés dans les boîtes aux lettres, sur les marchés, des discussions politiques s’engagent entre voisins. C’est l’occasion pour nous de nous en emparer, chaque discussion politique étant l’occasion d’amener nos interlocuteurs vers des positions critiques à l’égard du système capitaliste. Plus précisément, l’échelle du scrutin et le caractère concret des enjeux aide à mettre en avant notre conception du pouvoir.

Non, la démocratie ce n’est pas, pour nous, d’élire une personne qui ensuite sera indéboulonnable pendant six ans. Non, la démocratie ce n’est pas, pour nous, de circonscrire les débats sur l’environnement urbain, l’écologie, la politique éducative, la gestion de la voirie et des déchets au cercle restreint du conseil municipal, ou pire de les déléguer au huis clos de la communauté d’agglomération ou de communes.

Oui, la démocratie c’est, pour nous, la construction de contre-pouvoirs, l’autogestion des services publics, la prise en main de la question écologique par toutes et tous, la révocabilité des élu·es.

Des velléités « municipalistes »

Enfin, ces élections posent la question, plus large, du projet politique qui peut être mené à l’échelon municipal. Nous faisons ici référence à une doctrine qui fait débat chez les militantes et militants libertaires et qui irrigue dans les milieux citoyennistes, et notamment parmi les partisanes et partisans de listes «  participatives  » évoquées plus haut : le « municipalisme libertaire », théorisé en particulier par Murray Bookchin.

S’il faut résumer ses idées en quelques mots, voici le schéma : des luttes locales débouchent sur des forces électorales opposées au système capitaliste ; ces forces fonctionnent sur le principe de l’assemblée ; une fois élu⋅es, elles se fédérent à l’échelle supérieure, régionale, nationale ou internationale, avec des délégué·es mandaté·es et révocables ; occupant des positions de pouvoir, elles en viennent à affronter nécessairement les institutions de régulation du capitalisme.

Cette stratégie qui n’a que peu été mise en application, ne doit pas faire oublier aux communistes libertaires que le terrain principal de la lutte des classes est le terrain économique et non les institutions, même au main de citoyennes et citoyens disposant des meilleures intentions. Sans mépris aucun pour les personnes qui votent, rappelons que les conquêtes sociales, et même les expériences révolutionnaires, ont été obtenue par les luttes collectives, et non par les urnes.

Jules (UCL Montreuil)

 
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