Numérique

Smart-city : Big Brother beat

Version imprimable de cet article Version imprimable


En septembre dernier, l’UCL se joignait à la campagne contre la « technopolice ». Loin d’être une lubie hors-sol, voici un exemple concret de la mise en place à Angers de la safe city.

« Angers Territoire Intelligent ».

De biens grands mots qui ne disent finalement rien ! Ou peut-être si, une chose  : la mise en lumière des inepties du solutionnisme technologique au service d’un projet politique. Récemment, de France Inter au Courrier de l’Ouest, les médias en tout genre ont usé de superlatifs pour vanter le choix réalisé par Angers Loire Métropole de filer à un groupement d’industriels, Engie en tête, le joli pactole de 178 millions d’euros. Une coquette somme qui doit permettre au territoire de devenir « intelligent ».

À supposer que celui-ci ait été bête jusqu’à présent. Mais qu’est-ce que recouvre ce Territoire intelligent si on souffle sur le rideau de fumée médiatique  ? Tout d’abord que les élu·es de la communauté urbaine ont toutes et tous cédé aux sirènes du bla-bla marketing entourant le concept de smart-city. En effet, si on jette un coup d’œil à ce que cela recouvre, on constate que pour le cas angevin, il ne s’agit peu ou prou que de remplacer des lampadaires. On exagère un peu, mais pas tant que ça. Qu’auront-ils d’intelligent ces nouveaux candélabres ?

Ils auront l’intelligence de s’éteindre quand il fait nuit (sic). Il faut aussi ajouter qu’on refile à ces industriels les agents en charge de l’installation, de la réparation, etc., des lampadaires. Une petite braderie à la sauvette de nos services publics. Intelligent, n’est-ce pas ?

Des lampadaires intelligents et des caméras

Non, pour nous, c’est plutôt idiot ! Une nouvelle casse des services publics au profit d’une poignée de capitalistes et au détriment de la notion même d’intérêt général. Autant dire que cela n’est pas très rassurant. Il ne manque finalement pas grand-chose pour que la gestion à venir de nos services communaux et intercommunaux (la collecte des ordures, la gestion des réseaux d’eau, etc.) soit jetée en pâture à ce groupement d’acteurs privés.

Tout cela va être à surveiller – mais en attendant, c’est nous qui allons être surveillé·es. Car dans ces promesses d’intelligence, il y a l’usage systématisé de la vidéosurveillance – déjà présente à Angers, mais qu’il s’agit donc de renforcer. Il est notamment prévu d’installer un centre d’hypervision. De quoi s’agit-il ? Pour faire simple, une panoptique technologique au service d’un idéal politique puant  : rogner les libertés publiques.

Car il faut être au clair sur le sujet : les caméras vont continuer de pousser à qui mieux mieux, comme des mauvaises herbes. Et si, pour le moment, l’expression magique « reconnaissance faciale » n’a pas encore été véritablement prononcée, elle ne tardera pas à sortir du chapeau. En effet, en faisant le choix d’Engie, la collectivité a aussi fait le choix de confier la gestion de ces caméras à un spécialiste de la chose. Bref, tout cela n’est pas réjouissant et l’argument engageant des promesses écologiques est très nettement à relativiser.

Les quelques euros d’économisés avec ces lampadaires aux ampoules basse-consommation seront infimes en comparaison du coût énergétique de l’infrastructure technique permettant d’exploiter le système de vidéosurveillance.

En attendant, une dernière question : est-ce que les services municipaux et intercommunaux n’auraient pas été à même de mener à bien les rénovations infrastructurelles attendues ? Si. Car certaines transformations technologiques auraient tout aussi bien pu être conduites sans mettre en péril les libertés publiques et casser les services publics.

Des évolutions que nous pourrions imaginer émancipatrices et élaborées dans le but de redonner aux agent·es du sens à leur action et la maîtrise de leurs outils de travail. L’intelligence collective au service du commun, voilà un projet politique qui aurait eu une toute autre gueule.

UCL Angers

 
☰ Accès rapide
Retour en haut