Pleins feux

Faut-il en faire des caisses (de grève) ?

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Les caisses de grèves redeviennent monnaie courante dans les mouvements sociaux depuis quelques années  ; certaines recueillent un tel soutien qu’elles font même les gros titres. Mais sont-elles aussi efficaces que populaires ?

Les caisses de grève permettent une solidarité effective de celles et ceux qui, par définition, ne peuvent faire grève, comme les personnes en retraite ou sans-emploi. Mais il en est de la solidarité comme de tout ce qui touche à la grève  : c’est bien avant le mouvement, dans la durée, que ça se prépare et se construit. Vouloir la grève générale mais ne (re)découvrir les liens interprofessionnels qu’au moment de la grève, c’est prendre les moyens de ne pas réussir. Il en est de même pour les caisses de grève  : ne se (re)poser la question de leur existence, et des montants disponibles, que lorsqu’arrive un mouvement manque d’efficacité. Pourquoi  ? Parce qu’il n’est plus temps de récolter les sommes qui seraient nécessaires à un minimum de solidarité partagée, accessible à tous et toutes les grévistes.

Que ce soit sur le plan local, régional ou national, qu’il s’agisse de structures professionnelles ou interprofessionnelles, chaque collectif syndical constitué peut se doter d’un tel outil solidaire. Une part de la cotisation syndicale de chaque membre du syndicat est affectée à ce fond. En France, la seule organisation qui dispose d’une telle caisse pour l’ensemble de ses membres est la CFDT. Pour un mois complet de grève à l’appel de son syndicat, un adhérent ou une adhérente CFDT toucherait 1107,16 euros. Bien entendu, l’exemple parait fort improbable aujourd’hui ; il le fut moins dans les années 1970, 1980, disons jusqu’en 1995.

La caisse de grève locale est un des moyens de faire vivre la grève sur le terrain, de faire en sorte que les grévistes s’emparent de leur grève. En cela, elle est irremplaçable  ; mais elle ne règle pas grand-chose par rapport aux besoins financiers globaux.

Une obole symbolique

La mise en place d’une caisse de solidarité accessible à tous et toutes suppose qu’elle soit alimentée dans la durée, régulièrement. Le plus simple, et le plus juste politiquement, est qu’une part de la cotisation soit affectée à cela. Ainsi, chaque membre de l’organisation syndicale contribue selon ses moyens, puisque le montant de la cotisation est en général proportionnel à celui du salaire  ; chaque membre de l’organisation syndicale bénéficie de la caisse selon ses besoins, puisque cela dépend de son nombre de journées de grève. Au fil du temps, une masse importante d’argent peut être accumulée.

Vouloir créer une ou des caisses de grève à vocation nationale, qui plus est interprofessionnelle, au moment où la grève démarre ou a démarré, tient en réalité de la propagande, sans effet à la hauteur des enjeux. Un exemple  : prenons les seuls personnels SNCF et RATP, en considérant qu’on a 10 % de grévistes (c’est peu  !). Pour être en capacité de leur proposer 200 euros (seulement  !) après un mois entier de grève, il faut environ 4 millions d’euros. On s’organise pour l’avenir ou on attend la prochaine fois pour redécouvrir le problème  ?

Christian (UCL Banlieue Sud-Est)

 
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