Numérique

Revenge porn : indignation de classe

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Le retrait de la candidature de Benjamin Griveaux dissimule les véritables enjeux concernant la sur-légifération d’internet, entre autres le flicage des données et l’empilement des lois liberticides.

Dernière péripétie en date dans la course à la mairie de Paris  : le retrait de la candidature de Benjamin Griveaux, suite à la diffusion d’une vidéo où il montre ses parties génitales. Cette pathétique séquence, qui n’a rien d’extraordinaire dans la variante libérale du système électoraliste, est l’occasion de rappeler l’hypocrisie et les politiques de façade sur les enjeux numériques. Les hommes, surtout s’ils sont hétérosexuels, ne sont évidement pas les principales victimes du «  revenge porn  », défini par le code pénal (article 226-2-1) comme la diffusion d’images présentant un caractère sexuel, sans l’accord des personnes concernées. Cette pratique cible avant tout les femmes, souvent jeunes et même adolescentes. Et les conséquences ne sont évidement pas non pas les mêmes. Ici elle perturbe la quête de pouvoir d’une cheville ouvrière de la macronie, qui bénéficie d’une soutien indigné et unanime de la classe politique. Pour les femmes, une vidéo qui circule – surtout si elles y manifestent leur liberté sexuelle – leur vaudra généralement insultes et menaces qui ne se limiteront pas forcément à la sphère numérique. La résilience de ce genre de données, copiées encore et encore, de site en site, rendant ces situations particulièrement complexes.

À en croire la ritournelle classique des discours dominants, internet, et surtout les réseaux sociaux, seraient ainsi des «  zones de non-droit  ». Cette rengaine, invalidée par les faits, produit deux effets qui s’auto-alimentent. D’une part elle évite d’identifier les véritables enjeux systémiques  : centralisation des réseaux autour d’une poignée de plateformes, culture du viol, moyen dérisoire de la justice, etc. Et d’autre part elle justifie un empilement de lois liberticides qui ne cessent de restreindre les espaces de liberté en ligne.

Internet, zone sur-légiférée

Depuis 2013, on compte ainsi plus d’une dizaine de lois, souvent sous prétexte d’antiterrorisme, allant du blocage administratif de site internet  [1] à un contrôle toujours plus poussé de ce qui est exprimé en ligne, à l’instar de la catastrophique proposition de loi «  contre la haine en ligne  ». Il arrive aussi que le fait d’utiliser internet soit considéré comme une circonstance aggravante, ou soit en lui même qualifiable pénalement. C’est notamment le cas du «  revenge porn  » où la diffusion, c’est à dire le fait de partager un lien, est spécifiquement sanctionnée. Précision superflu, cela tombait déjà dans le cadre général de la loi, qui participe de cette pernicieuse dynamique. Il est enfin caricatural d’entendre les incantations au respect de la vie privée alors même que le gouvernement expérimente le flicage des données personnelles pour contrôler les comportements fiscaux  [2], que la reconnaissance faciale continue à être vendue comme la panacée sécuritaire, ou que l’anonymat en ligne, et c’est encore le cas ici, n’a de cesse d’être remis en cause.

Étienne (UCL Saint-Denis)

[1Loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme.

[2« Big Brother Bercy », Alternative Libertaire, février 2020.

 
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