Lire : Dell’Umbria, « Histoire universelle de Marseille »

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Le livre d’Alèssi Dell’Umbria dépeint l’histoire bien particulière de Marseille, cette ville dont le centre est encore habité par les pauvres.

Dell’Umbria part de la respublica de marsahala et décrit l’histoire d’une ville qui se distingue par le caractère frondeur de son peuple au cours des mille dernières années,et par une forte volonté d’autonomie face au pouvoir central. “La centralisation, qui consiste à retenir dans l’indivision gouvernementale des groupes que la nature a fait autonomes est pour la société moderne une vraie tyrannie”, avait écrit Pierre-Joseph Proudhon. Chez les Provençaux, cette condamnation de l’État centraliste correspondait au sentiment commun : des personnages aussi différents que Gelu et Mistral avaient lu Proudhon, et l’Athénée ouvrier et populaire de Marseille saluait son œuvre.

Au XIXe siècle la vision de Marseille dans l’imaginaire collectif démontre bien l’amalgame classe populaire/classe dangereuse fait par l’idéologie dominante. Le centre-ville de Marseille est résolument populaire et a de tout temps accueilli les immigrés, pas toujours sans heurts (le mot “bougnoule” vient de Marseille et servait à l’origine à désigner les campagnards qui migraient à Marseille). Ce centre-ville a été et est toujours vu comme un abcès, une enclave du tiers-monde en territoire français.

Cette vision portée à son paroxysme poussa Hitler, qui ira jusqu’à traiter les Corses de “Nègres de l’Europe”, à détruire complètement le Panier pour “assainir” la ville. De nos jours, le caractère populaire de Marseille perdure et la présence de classes populaires/dangereuses au centre pousse à la politique de réhabilitation du centre qui vise à y installer des populations plus aisées et plus acceptables. Une lecture salutaire.

  • Alèssi Dell’Umbria, Histoire universelle de Marseille. De l’an mil à l’an deux mille, Agone, 792 pages, 26,60 euros.
 
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