A Contre-courant : Sarko-Ségo, mêmes chaînes, mêmes ficelles

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


La Ve République, taillée pour incarner un homme providentiel chargé de clôturer la période coloniale et d’impulser le capitalisme keynésien, a sombré. Ne reste plus de la fonction présidentielle que sa défroque surannée, l’image de sa puissance révolue et de son impuissance présente. Désormais dépouillé de ses pouvoirs, bradé au Conseil européen et aux appétits de la finance internationale, le Président ne peut mettre en scène que sa sujétion résignée aux politiques libérales. Les prétendants au poste suprême de représentant des intérêts dominants n’ont dès lors d’autre choix que la mise en scène de leur ego. Tout le système médiatique participe à cette théâtralisation du rituel duel annoncé, au-delà duquel il n’y aurait pas d’autre choix possible. Peut-on troubler cette mascarade apparemment bien ficelée ?

À droite, Sarko, dans le rôle du grand mystificateur, bardé de communicateurs, tente de nous donner “ envie d’avoir envie ”, polit son image de nettoyeur au Kärcher, reçoit le sacre de 60 000 croyants communiant avec ce petit homme, leur mentor. Il a eu beau invoquer Zola, Hugo, Jaurès, sa “ rupture tranquille ” est l’accélération de la libéralisation sauvage qui, pour s’imposer, se doit de dresser des fractions de population les unes contre les autres : les travailleurs contre les assistés, les précaires contre les bénéficiaires d’un CDI, les usagers des services publics contre les grévistes, les Français contre les immigrés…

À “ gauche ”, Ségo joue la jouvencelle à l’écoute de la “ France respirante ” et réduit notre avenir à son désir. Chimère médiatique fragile, ses dérapages plus ou moins contrôlés laissent entrevoir ses attaches libérales, pour ne pas dire réactionnaires. Son passé dans l’ombre affairiste de Mitterrand réapparaît dans une rencontre récente secrète avec Pinault, richissime exploiteur. Reconnaissons-lui au moins le mérite, en ce début de campagne, de révéler clairement la vraie nature du parti qu’elle représente…

Mais les sondeurs s’alarment : 70 % des Français seraient insatisfaits. Est-ce que cette nouvelle interprétation de la comédie électorale dans un décor en ruines et par des acteurs aussi médiocres ne va pas produire les mêmes effets que lors du référendum sur le TCE ? Car depuis 1995, la vieille taupe (cf édito ACC juillet dernier) fait son chemin. Par en bas, le mouvement social recherche sa traduction politique. La volonté de s’auto-organiser, de se doter d’un programme d’urgence sociale pourrait émerger, y compris dans les quartiers populaires, en contournant des appareils qui, pour leur survie, tentent de l’instrumentaliser.

Modifier profondément le paysage politique dominant s’imposerait en effet, en s’identifiant à l’émancipation de l’humanité.

 
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