Maroc : Une crise qui n’en finit pas

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Sur les plans politique, économique et social, le Maroc connaît une crise profonde  : éducation publique en déliquescence, racisme rampant, conditions de vie de plus en plus difficiles pour les classes populaires.

Pas facile de vivre au Maroc pour les classes populaires  : le coût de la vie ne cesse d’augmenter, alors que les salaires ne suivent pas la même courbe  ; les services publics sont en panne ou quasi inexistants dans certains secteurs. Au mois d’août a eu lieu une augmentation de presque 6 % du prix du lait, ce qui prouve que l’essor économique et la société d’abondance tant vantés par le pouvoir sont loin de bénéficier à toute la population. Une bonne partie des Marocains et des Marocaines subissent encore la misère et la discrimination, et cela est encore plus vrai pour celles et ceux qui viennent de pays plus pauvres.

Initiatives d’éducation populaire

L’éducation nationale est devenue une foire au pognon. Toutes classes sociales confondues, les familles marocaines optent pour l’enseignement privé, car l’enseignement public est devenu un fantôme qui ne garantit même pas le minimum du droit au savoir. Cette situation est la conséquence des années de corruption et de coupes budgétaires dictées par le FMI. De cette situation est né il y a un an le collectif UECSE (Union des étudiants pour le changement du système éducatif)  : il se bat pour un système éducatif public accessible surtout aux classes sociales les plus démunies, et garantissant le droit au savoir ainsi que des formations de qualité. Parmi les actions auxquelles ce collectif participe ou qu’il initie, on peut citer les temps de lecture collective dans les espaces publics : cette action est très bien accueillie à travers le pays par les jeunes, mais elle est réprimée dans certaines villes. Par ailleurs, il y a l’organisation, depuis peu, d’une université populaire de philosophie chaque jeudi soir  : cette université populaire, qui fait preuve d’un niveau soutenu et d’une ouverture à tous et toutes, met en œuvre des réflexions collectives et constructives dans une ambiance révolutionnaire et ouverte aux idées.

Le Maroc, rempart de la forteresse Europe

Le racisme contre les personnes venues des pays africains situés au sud du Maroc commence à s’exprimer sans honte, dans une société qui baigne encore dans le déni. Au mois d’août dernier a eu lieu une agression mortelle d’un passager de nationalité sénégalaise dans un bus : alors que celui-ci était assis à la place indiquée sur son billet, des individus lui avaient demandé de changer de place, ce qu’il avait refusé. Cette situation est le fruit de la délégation sécuritaire de l’Union européenne et des accords avec le Maroc pour faire barrage aux flux migratoires vers l’Europe. Conséquence, les personnes venues d’Afrique subsaharienne, pour chercher l’Eldorado européen, se retrouvent coincées au Maroc. Pour gérer cela, l’État marocain brûle les campements de fortune des populations noires voulant aller en Europe  : plusieurs morts ont été recensés lors de ces interventions dans les forêts au nord du pays.

Le gouvernement du PJD (Parti pour la justice et le développement) traverse une crise difficile, et ne parvient toujours pas à créer une coalition pour une majorité gouvernementale. Cette crise est due au sabotage agressif du makhzen (la monarchie et son entourage), qui s’exprime maintenant par le biais du Parti de l’indépendance et de son secrétaire général Shabbat. Alors que ce parti était membre du gouvernement de coalition avec le PJD depuis les dernières élections de novembre 2011, il a décidé d’en sortir il y a quelques mois. Depuis, il mène la vie dure au PJD, car ce dernier, malgré tout son zèle royaliste, n’a pas satisfait le makhzen !

Marouane Taharouri (AL Paris Nord-Est)

 
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