Nécrologie

Antonio Martín : un révolutionnaire espagnol nous a quittés

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Fils de l’Exil espagnol, Antonio Martín avait participé, outre-Pyrénées, à l’action clandestine contre le régime franquiste. Il fut aussi, pendant des décennies, un militant fidèle de l’anarcho-syndicalisme hexagonal. Un de ses anciens camarades se souvient.

Né en 1938, en pleine guerre d’Espagne, Antonio Martín Bellido était fils d’un militant de l’UGT (syndicat d’obédience socialiste) exilé en France après la défaite face aux franquistes.

Il avait fait ses études à Strasbourg puis, à l’âge de 19 ans était monté à Paris où il avait adhéré aux Jeunesses libertaires (FIJL). En 1962 il participait à une marche antinucléaire à Londres.

Partisan de l’action directe contre le franquisme il participa aux actions organisées par la FIJL et Defensa Interior, l’organisme chargé de la lutte antifranquiste au sein du mouvement libertaire espagnol. Il prêta la main à un certain nombre d’attentats contre les intérêts franquistes en Italie et en Espagne.

Il commit par exemple l’attentat contre le monument d’El Valle de los Caídos, en août 1962, auquel participa également Paul Denais et Sergio Hernández.

C’est pour ces attentats, dont ils étaient innocents, que Francisco Granado et Joaquin Delgado, autres militants de la FIJL envoyés de France à Madrid, furent condamnés à mort et garrottés le 17 août 1963.

Antonio Martín en juillet 1963, à Madrid.
Archives privées.

En 1968 Antonio Martin était le secrétaire des Jeunesses libertaires de Paris et fut assigné à résidence à Saint-Brieuc pour « association de malfaiteurs ».

A partir de 1995 il fut l’un des animateurs de la CNT française qui connaissait, après la vague de grèves, un nouveau développement.

J’avais rencontré Antonio quand j’ai lancé l’activité de la CNT en 1983 à Plaisir (Yvelines), où il habitait à cette époque. Il participa ainsi à l’aventure du CaNarT (journal ouvert à tous les libertaires). Artiste, il aimait fabriquer des œuvres à partir d’allumettes. Après Décembre 95, il écrivit également une nouvelle, « Pétales et vitamines libres », signé Anton von Krutenau, qui parut dans une brochure que nous avions éditée, Temps de grève, tant de rêves. Il nous engueulait quand il voyait les bombages sur les murs, jugeant que dégrader les murs était contreproductif en termes d’image.

A Plaisir, nous avions à cette époque là empêché physiquement un meeting FN au château. A cette époque, il était presque impossible pour le FN de coller — dans le quart d’heure où une des leur équipe était repérée, une quarantaine de personnes venaient « à leur rencontre ». Souvenirs, souvenirs...

Anarchiste, mais aussi simplement solidaire, Antonio avait aidé un vieux général républicain espagnol abandonné de tous sur Trappes. Il l’avait aidé à remplir un dossier pour que ses années dans l’armée entre 1936 et 1939 soient comptabilisées et améliorent sa retraite. Il nous incitait à aller rendre visite aux compagnons anarchistes malades et seuls dans les hostos.

Retraité en 1998 – il travaillait chez Bull, aux Clayes-sous-Bois — il se consacra, avec notamment Octavio Alberola, à obtenir des autorités judiciaires espagnoles la révision du procès de Delgado et Granado.

A l’époque, Antonio nous avait donné des consignes au cas où il serait arrêté en Espagne. Il craignait en effet la justice espagnole, issue du franquisme et jamais « épurée » même vingt ans après la mort de Franco.

Ironie du sort, il a nous quitté le 17 août 2014 vers 4 h 30 ou 5 heures du matin, jour anniversaire du martyre de Delgado et Granado, que jusqu’au bout il avait accompagnés de ses pensées.

Noël Morel (AL Montreuil)

 
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