Mexique : Répression d’État à Oaxaca

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Ayant commencé par une grève des instituteurs, le mouvement populaire dans l’État d’Oaxaca au Mexique dure depuis presque 6 mois. En décembre, il a dû faire face à une répression accrue. Arrestations, enlèvements, assassinats, viols perpétrés au milieu d’un silence médiatique total : maintenant plus que jamais il est nécessaire de soutenir le mouvement.

Après 6 mois de mobilisation et malgré la répression du gouvernement de l’État d’Oaxaca et de son gouverneur Ulises Ruiz, le pouvoir fédéral a fait intervenir la police fédérale préventive (PFP) le 27 octobre, portant la confrontation à son paroxysme [1].

La PFP occupant le centre ville tandis que les militantes et militants de l’Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca (APPO) et la population reconstruisaient des barricades ; un équilibre précaire s’était installé pendant plusieurs semaines. L’université occupée par l’APPO et les étudiant-e-s, Radio Universidad informant la population, l’APPO organisait des manifestations, comme cette marche des femmes, brandissant face aux policiers des miroirs portant les inscriptions “ violeurs ”, “ assassins ”… L’élection par la base, lors du premier congrès de l’APPO, d’un conseil de l’État de 260 représentantes et représentants avait constitué un vrai succès. Mais cette situation devenait insupportable pour le pouvoir. Le futur président, Felipe Calderón, en crise de légitimité à moins d’une semaine de son entrée en fonction, a exigé de Vicente Fox, le président en exercice, la réduction du conflit. C’est donc l’administration sortante et non entrante qui portera le discrédit de la répression.

Le 25 novembre, une manifestation partant des faubourgs devait envahir pacifiquement le centre ville et le bloquer durant 48 heures. Mais dès le début, la situation a dégénéré. Placés sur les toits, des hommes de la PFP et de corps policiers associés ont commencé à tirer billes et gaz lacrymogène sur les manifestantes et les manifestants. Au début les chefs de la PFP ont, peut être, perdu le contrôle de leurs hommes, mais ils ont, ensuite donné l’ordre d’attaquer. Pour éviter un massacre le peuple a commencé à se défendre. La majorité ne s’était pas préparée à une telle confrontation. Plus de deux cents arrestations, des centaines de personnes blessées, disparues dont certaines ont probablement été assassinées : c’est le bilan de cette nuit de violence.

Jusque dans les salles de classe

Le lendemain, la police démantelait les barricades et l’émetteur de Radio Universidad était remis au recteur de l’université. Mais la répression ne s’arrêta pas là. Des policiers surarmés poursuivirent jusque dans leurs salles de classe les professeurs et professeuses supposées militantes. Cent quarante et un prisonniers furent transférés dans un pénitencier fédéral du nord du Mexique. Les membres du conseil de l’APPO durent plonger dans la clandestinité, des mandats d’arrestation ayant été délivrés contre la plupart d’entre eux. On a appris que les manifestantes et manifestants arrêtés avaient été battus, torturés, menacés de mort. Mais l’APPO, construite par la base, n’est pas une organisation que l’on détruit en lui coupant la tête. Dès le 1er décembre, 5 000 personnes défilaient à Oaxaca. Dans tout l’État, barrages et manifestations prouvaient la vigueur du mouvement. Le 10, une mobilisation réunissait au moins 15 000 manifestantes et manifestants. Évidemment, la priorité est maintenant d’obtenir la libération de tous les prisonniers et prisonnières, l’abandon des poursuites, le retour en vie des disparus, mais l’APPO réclame toujours le départ de la PFP et d’Ulises Ruiz.

La solidarité au Mexique et à l’étranger

Le mouvement populaire d’Oaxaca n’a pas reçu au Mexique la solidarité qu’il aurait méritée. À l’exception de l’EZLN (Armée Zapatiste de libération nationale) et de la Otra Campaña qui fédère des organisations indigènes, des associations, des organisations d’extrême gauche et libertaires, la gauche traditionnelle est restée très en retrait devant un mouvement qu’elle ne contrôlait pas et qui remettait en cause le fonctionnement même du système politique mexicain. À l’étranger aussi, le mutisme effarant des grands médias a été un obstacle important à la construction de la solidarité. Ce sont les libertaires et les collectifs de soutien au Chiapas qui ont porté les premiers les actions de solidarité. En France, quelques collectifs ont vu le jour à Paris, à Marseille, à Rouen, permettant l’organisation de rassemblements et de manifestations de soutien. Il faut pourtant développer absolument la solidarité internationale pour faire pression sur le gouvernement mexicain, pour dénoncer la répression et enfin pour populariser la lutte d’Oaxaca.

Pascal Devernay (AL Rouen)

[1Voir l’article “ Pouvoir populaire contre pouvoir d’État ” dans AL n°157, décembre 2006.

 
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