Fin du sketch « antilibéral » : Vae Victis !

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Présidentielle, législatives 2007 ou comment, la bataille contre le Traité constitutionnel européen a été gâchée par la volonté de transformer une campagne politique en aventure électoraliste.

Vae Victis : « malheur aux vaincus ». Quand, en 390 avant JC, le chef gaulois Brennus s’empara de Rome, il exigea un tribut de 1 000 livres d’or. Mais, au moment de la pesée, il jeta sa lourde épée dans la balance, pour obtenir encore plus que ce qui avait été négocié. “ Vae Victis ”, lâcha-t-il aux Romains indignés mais impuissants. En clair : tout contrat peut être remis en question unilatéralement par la partie la plus forte. C’est un peu la leçon que l’on peut tirer du feuilleton de la “ candidature antilibérale ” pilotée par un cartel de structures d’aussi inégale surface que le PCF, les Alternatifs, Convergence citoyenne, la Gauche républicaine, le Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (Mars)… un géant et des nains !

L’idée qu’une force politique importante puisse exister à la gauche du Parti socialiste n’est pas sans intérêt, tant il est vrai que l’existence d’une telle force politique ferait bouger le curseur de la gauche, actuellement bloqué dans le libéralisme.

Pour autant, la tentative mise en œuvre par un groupe de militantes et de militants pour transformer l’expérience de la campagne du Non au Traité constitutionnel européen (TCE) constitue une erreur et un échec.

Le Non au TCE participait d’un mouvement plus large de luttes qui se manifestait depuis Décembre 1995, mais aussi lors des contre-sommets européens de Nice (2000) Göteborg et Bruxelles (2001), ou Séville (2002). Il était illusoire de croire que l’arc des forces et des énergies qui s’était mis en branle à l’occasion de la campagne référendaire pouvait se traduire sur le terrain électoral de 2007. Un scrutin référendaire n’a rien à voir avec un scrutin délégataire. On peut s’accorder sur le contenu de la réponse politique à donner à un projet soumis à referendum, sans pour autant avoir envie de soutenir un candidat au pouvoir.

Dénaturer les collectifs du Non ? Gagné

L’exemple de la lutte contre le TCE a véritablement été servi à toutes les sauces pour prouver que, désormais, associations, syndicats et partis pouvaient militer ensemble de manière indistincte, sur tout.

La précipitation des porte-parole pour transformer les collectifs du Non en collectifs électoraux a d’emblée laissé de côté toutes celles et ceux qui pensent que le combat social ne se mène pas dans les institutions. Au bout du compte, cette initiative qui se voulait rassembleuse est apparue comme une entreprise de division. C’est l’entreprise d’un courant politique qui depuis pas mal de temps maintenant tente de promouvoir un regroupement d’une partie du PCF à la LCR, en passant par une partie des Verts, les Alternatifs, etc.

Une fois de plus, c’est la maladie endémique de la conversion de toute expérience réussie en aventure électoraliste qui a été au cœur de la démarche de ces ex-militantes et militants d’extrême gauche, ex-gauche CFDT, ex-ceci, ex-cela, etc. et qui poursuivent inlassablement leur quête du Graal d’une “ recomposition à gauche du PS ”.

Instrumentaliser le mouvement social ? Raté

Bien sûr, une partie non négligeable des militantes et militants de la bataille contre le TCE a été sensible à une telle perspective. Mais globalement, l’engouement décrit dans quelques articles de presse ne s’est pas concrétisé. Il n’y a pas eu la déferlante attendue. Or, le projet était précisément fondé sur une dynamique qui se voulait montante. Pourtant, très vite la majorité de la LCR a retiré ses billes. Et la majorité des Verts, qui avait soutenu le TCE, n’ont pas voulu en entendre parler.

Pour entretenir artificiellement la flamme, les petites manipulations habituelles ont fleuri. On ne comptait plus, dans les médias, les “confidences anonymes” laissant entendre que “le mouvement social” soutiendrait les listes unitaires en 2007. José Bové, qui s’est pris le melon, se voyait déjà en haut de l’affiche, conseillé par un groupe d’amis toujours prêts à dispenser leurs précieux conseils.

Sauf que, dans les organisations syndicales qui se voyaient embarquées dans cette affaire au travers d’une campagne médiatique, la plaisanterie a été plutôt mal prise. Les démentis ne se sont pas fait attendre. La tactique de contournement visant à faire croire à une dynamique par l’intermédiaire d’une campagne de presse a fait long feu. Comme quoi, il ne suffit pas que ce soit dans le journal pour que ce soit vrai !

Contourner le PCF ? Raté

L’affaire était sans doute pliée. Mais nos “recomposeurs et recomposeuses” ont persévéré. Après avoir tenté de contourner le mouvement social à qui on n’avait pas demandé son avis, il fallait contourner le PCF.

En gros, il fallait expliquer que le PCF, malgré son poids dans les collectifs unitaires, ne devait pas présenter sa candidate et encore moins que celle-ci soit la candidate des collectifs. Une formule inédite, à “double consensus”, a donc été mise en œuvre à cette fin : il fallait que la candidature fasse consensus à la fois au sein des collectifs locaux et au sein du collectif national. Vu la configuration, autant dire, qu’une telle perspective était vouée à l’échec dès le début.

José Bové a senti que la tournure des événements n’était pas bonne et s’est retiré, tout en laissant entendre que peut être… on ne sait jamais… il restait disponible.

La consultation des comités a été sans surprise : 55 % pour Marie-George. Mais au nom du “double consensus”, la candidature de Buffet a été violemment critiquée au sein du collectif national ! Difficile de comprendre que l’on organise une consultation et qu’après le résultat soit refusé. Dans ce cas, il ne fallait pas autoriser la candidature d’un représentant de parti dans cette consultation. C’est à n’y rien comprendre.

Le problème, c’est que celles et ceux qui pensaient propulser une ou un candidat non communiste ont cru qu’ils pouvaient contourner ce parti et sa direction. En gros, le PCF aurait dû céder aux demandes de celles et ceux qui ne voulaient pas de Buffet candidate. C’est-à-dire que la majorité du PCF décide une opération de recomposition politique qui le dépasse. C’est la ligne portée par les refondateurs au sein du PCF. Or les refondateurs, qui ont participé au vote au sein du PCF qui a donné 96% des voix pour la candidature Buffet, sont venus dire ensuite que celle-ci ne pouvait être la candidate des collectifs. Difficile de comprendre cette dialectique un peu compliquée… Du coup, Marie George Buffet a renversé ses alliances et après s’être appuyée sur les refondateurs sur une ligne d’ouverture du parti, s’est alliée aux orthodoxes pour une candidature PCF pur sucre !

La démission de six refondateurs de l’exécutif national du PCF, dont Pierre Zarka et Roger Martelli, n’y changera rien.

L’échec de la tactique des recomposeurs et recomposeuses repose essentiellement sur la sous-estimation des rapports de force réels et sur la capacité à contourner le mouvement social et le PCF en leur imposant, via une stratégie médiatique, une ligne qui n’était pas portée par un mouvement dynamique. Vae victis !

Discréditer les aventures électorales ? Gagné

Marie-George Buffet sera la candidate du PCF en se réclamant de la campagne du Non. Il est logique que la direction du PCF, qui a maîtrisé le timing de la campagne, piaffe d’impatience à entrer en campagne. Les opposantes et opposants récalcitrants à la candidature Buffet seront contraints d’essayer de se mettre éventuellement d’accord sur un nom supplémentaire. Mais là encore, il faudra arbitrer entre tous les nombreux éventuels et éventuelles candidates.

Au-delà de la critique sur les méthodes utilisées et qui ont été vaines, il faut s’interroger sur les dégâts des tactiques mises en œuvre. D’une part la victoire du Non a été transformée en une pathétique querelle de candidatures. D’autre part le PCF a réussi une opération de prise de contrôle d’une dynamique dont rien ne permettait de croire qu’il puisse y arriver.

Les recomposeurs et recomposeuses ont perdu leur bataille et ne pourront se contenter d’incriminer le PCF et la LCR d’avoir refusé de suivre leur ligne. Ils ont embarqué dans leur échec de nombreuses et nombreux militants du Non qui ne pourront qu’être déçus et écœurés de ces querelles boutiquières.

Le PCF pourra tranquillement nouer, avec le PS, les alliances nécessaires à la survie de son groupe parlementaire et espérer se refaire électoralement.

Et toute cette énergie dépensée dans ces querelles aura cruellement fait défaut pour construire des luttes sociales et des rapports de forces réels.

Qu’on se rassure, il n’y aura aucun bilan, aucune responsabilité. Ce sera la faute aux organisations qui n’ont pas voulu suivre “la bonne ligne”. Certes, ces organisations ont une responsabilité à refuser de se dissoudre dans un mouvement plus large de recomposition politique. Mais ceux et celles qui ont voulu faire croire qu’il était possible de contourner à la fois le mouvement social et les organisations politiques n’auraient aucune responsabilité ?

Seul point positif : ce feuilleton d’une longueur et d’une complexité byzantine a totalement dérouté et découragé les spectateurs et spectatrices supposées s’y intéresser. Dans les mouvements sociaux, les militantes et les militants ont préféré zapper cette farce fastidieuse. Et dorénavant, il y en aura bon nombre qui regarderont de près si, en participant à une lutte, ils ou elles ne risquent pas de se retrouver embarqués dans une campagne promotionnelle d’un ou d’une future candidate providentielle.

Au moment où se profile une forte pression pour le vote utile, où l’absence de pensée stratégique pèse lourdement à gauche et à l’extrême gauche, n’y avait-il pas mieux à faire que de s’époumoner dans des batailles d’investitures électorales ?

Thierry Renard (AL Transcom)


AMUSANTE COÏNCIDENCE

La une de décembre 2006 du mensuel communiste Regards, codirigé par Clémentine Autain et Roger Martelli, a déclenché la polémique en détournant la Cène de Juan de Joanes (XVIe siècle). Che Guevara y tient le rôle du Christ, tenant la “Charte antilibérale” dans une main, et étreignant Rosa Luxembourg (Marie-Madeleine). Il est entouré de ses apôtres José Bové, Olivier Besancenot, Yves Salesse, Karl Marx, Clémentine Autain, Patrick Braouezec, Jean Jaurès. Coïncidence, Marie-George Buffet tient la place de Judas, avec à la main une bourse, prix de sa trahison. Les communistes ont poussé de hauts cris.

 
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