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Âgé·es et dépendant·es : ne les laissons pas mourir aux mains des charognards capitalistes

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Le fait que les personnes âgées soient plus susceptibles de contracter la maladie n’explique pas à lui seul le formidable taux de mortalité dans les EHPAD. La privatisation forcenée de l’État et les coupes budgétaires payées par les salarié·es et les résident·es sont également responsables de la dégradation de la qualité des soins et du manque de matériel et de personnels.

L’épidémie de Covid-19 qui frappe le monde touche particulièrement les plus ancien·nes. Si au début les chiffres annoncés par le gouvernement ne concernaient que les hôpitaux, de nombreuses voix se sont élevées pour que le décompte concerne également les maisons de retraites. À ce jour ce sont plus de 8300 personnes qui sont mortes dans les EHPAD soit près de 1,5% de la population de ces établissements. La situation est différente selon les maisons de retraites et certaines ont été particulièrement touchées comme à Mougins où un tiers de résisdent·es sont mort.es du Covid-19 [1], où à Saint-Germain-en-Laye où les décès représentent un quart des résident.es [2]. Mais la situation est également dramatique dans beaucoup d’autres et ce malgré le travail acharné des personnels. Toutes ces personnes sont mortes éloignées de leurs proches du fait du confinement mais pas seulement. Et nombreuses sont les plaintes de familles.

Une chape de plomb sur ces décès

En effet, celles-ci ont souvent été prévenues tardivement et parfois indirectement par la presse. En réalité, c’est une chape de plomb qui a été posée sur ces maisons de retraites : des familles ont ainsi reçus des nouvelles mensongères sur leurs proches, via les maisons de retraites qui leur disaient que tout allaient bien alors qu’ielles étaient malades, sous respirateurs ou hospitalisé·es. Pire, lors des décès les causes de la mort n’ont pas toujours été révélées immédiatement aux proches.

Les raisons de cette omerta tiennent à deux raisons : d’une part les Agences Régionales de Santé (ARS) qui sont les relais locaux du ministère de la santé et qui, dans une logique technocratique, ont demandé aux maisons de retraites de ne pas diffuser ces informations ; d’autre part, du côté de certains groupes privés, une logique de marketing, dans le cadre d’un marché concurrentiel où les résident·es et leur famille sont les « client·es » et où il s’agit de montrer une bonne image à tout prix en masquant volontairement ce qui ne va pas [3].

Un nombre de décès qui interroge

Autre interrogation : comment expliquer cette hécatombe ? L’argument de l’âge et de la fragilité du public concerné n’est pas suffisant. Dans de nombreuses maisons de retraites les salarié·es ont alerté très tôt les autorités sur le manque de matériel de protection ou de personnel pour organiser le confinement et les distances corporelles dans ces établissements. Certain·es ont même été licencié·es pour avoir donné l’alerte [4]. Là aussi, l’amateurisme des autorités publiques ou privées a été total et est sans aucun doute responsable de ce nombre élevé de décès.

Les responsabilités devront être déterminées et les responsables devront rendre des comptes. Car, au-delà de l’épidémie de Covid-19, ce que met en lumière ce scandale c’est l’incurie qui règne dans ces établissements au détriment des personnes prises en charge et des salarié·es.

Une privatisation organisée par l’État…

Depuis 1997 l’État a organisé la privatisation rampante des maisons de retraite. D’abord, en créant un marché concurrentiel et en l’ouvrant à des entreprises privées à but lucratif. Ensuite, en fonctionnant dans une logique d’appel d’offre et en imposant des normes de management public (évaluation, performance, austérité) qui ont favorisé l’émergence et le développement des établissements privés à but lucratif au détriment des établissements publics comme ceux privés à but non lucratif [5] qui eux se trouvaient soumis à une logique de performance. De gros groupes privés ont ainsi une main croissante sur le marché des 7200 EPHAD et représente environ un tiers de ceux-ci. Le marché est juteux : ainsi pour un EHPAD, de 121 lits, privé à but lucratif du sud de la France le bénéfice annuel est de 400 000 euros avant impôt [3] ! Rien d’étonnant à ce que des fonds de pension investissent ce marché : cynisme absolu du capitalisme quand l’épargne retraite sert à exploité la dépendance âgée ! Et pendant que nous comptons nos mort·e·s les dirigeants des groupes privés s’installent dans les plus grandes fortunes de France [6].

… Sur le dos des salarié·es et des résident·es

Cette privatisation par un développement de l’offre privée lucrative et un développement d’une logique de performance dans les autres établissements a une double conséquence.

D’une part, les conditions de travail sont déplorables : dans les EHPAD il y a trois fois plus d’accidents de travail déclarés que dans la moyenne nationale du fait de conditions de travail éprouvantes (horaires décalés, pression au rendement, sous-effectifs) dans un contexte de développement de contrats précaires (contrats aidés, intérim) pour un secteur qui embauche 87% de femmes, souvent des mères isolées [7]. D’autre part, sur les conditions d’accueil et de vie des personnes hébergées. Certains EHPAD n’ont un budget que de 4 euros par résident·e pour tous les repas de la journée [3], la pression au rendement conduit les salarié·es a devoir rationnaliser de manière industrielle le temps de toilette, de repas, etc. Ainsi ce personnel, n’a aucune marge de manœuvre pour établir avec les résidents du lien social, alors que ces personnes âgées sont de par un isolement relatif ou entier, dans un manque certain de relation affective. Enfin, cette privatisation mène près de la moitié des EHPAD, comme n’importe quel commerce, à mentir, à tromper ses « client·es » sur les tarifs ou les services dans une logique de pressurisation du « client·e » [8].

Socialisation des EPHAD : pour un service public pour les personnes âgées dépendantes

Ces données mettent en lumière la logique profondément mortifère du capitalisme. Les capitalistes, qu’ils agissent dans des groupes privés ou au service d’un État bourgeois, ne guettent que leurs profits. Et dans un contexte de vieillissement de la population ils trouvent le moyen de faire de l’argent sur le dos de personnes en fin de vie ou dépendantes ! Nul sens de la dignité ou de respect de la mort ou du grand âge chez ces charognards !

Voilà pourquoi il est urgent d’en finir avec la privatisation de ces EHPAD, la logique d’austérité et de performance imposée par l’État. Nous devons réaliser la socialisation de ces établissements et le développement d’un service public du grand âge et de la dépendance, où les salarié·es, les résident·es et leur famille décideraient elleux-mêmes des moyens à mettre en œuvre pour satifaire les besoins essentiels de cette population fragile.

De la même façon il est tout aussi urgent de développer un service public conséquent de l’aide à domicile pour tous et toutes celles et ceux qui souhaient et peuvent rester à domicile alors que dans ce secteur, géré par des grosses associations dans un cadre d’austérité budgétaire, les salaré·es sont soumis·es à une très forte précarité. Cet exemple montre encore une fois qu’il sera salutaire de nous débarasser de la prédation capitaliste.

Les profits contre notre santé, quelque soit notre âge, ensemble contre le capital et solidaires face à la crise sanitaire !

Groupe Toulouse et alentours de l’UCL le 2 mai 2020

[1Ehpad : les morts, les familles et le mur du silence, par Béatrice Jérôme, Lorraine de Foucher et Sofia Fischer pour Le Monde le 23 avril 2020

[2Des familles se battent face à des directions d’Ehpad muettes,par Mathilde Goanec pour Médiapart le 8 avril 2020

[3Maltraitance en maison de retraite : « Le business des seniors est impitoyable », par Marc Payet pur le Parisien le 26 février 2019

[5Le processus de privatisation du secteur des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, par Ilona Delouette et Laura Nirello dans le Journal de gestion et d’économie médicales 2016/7 (Vol. 34) le 1er mars 2017

[7Vieillesse en détresse dans les Ehpad, par Philippe Baqué pour le Monde Diplomatique en mai 2019

[8Une maison de retraite sur deux trompe ses clients, par Mathilde Golla pour le Figaro le 17 mars 2014

 
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