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Palestine : Pas de trêve dans la cruauté colonialiste

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Bien que l’épidémie touche aussi bien les populations israéliennes que palestiniennes, elle est loin d’être vécue dans les même conditions. La pression est toujours aussi forte que ce soit sur les détenu·es, les Arabes israéliens, les habitantes et habitants de Cisjordanie ou ceux de Gaza.

Comme les autres, le peuple palestinien souffre de la pandémie de Covid-19, mais avec des spécificités. Début avril, on comptabilisait environ 8 000 cas de Covid-19 en Israël, 200 en Cisjordanie et 12 à Gaza.

Les « Palestiniens de 1948 » (Arabes israéliens) traités comme des citoyens de seconde zone, sont, dans cette crise aussi, des malades de seconde zone. « Leur santé sera prise en compte après celle des personnes vivant dans les quartiers juifs, principalement parce que les bons hôpitaux y sont situés,signale le Réseau syndical international de solidarité et de lutte (RSISL) dans une note de synthèse. La récente loi sur l’État-nation impose que tous les textes officiels, y compris les instructions d’urgence pendant la pandémie (dont les fameux gestes barrières), soient écrits en hébreu uniquement » [1]. Pendant ce temps, la destruction de maisons et de champs dans les régions bédouines du désert du Néguev se poursuit, malgré les règles de confinement.

Les prisonnières et prisonniers palestiniens sont enfermés dans des cellules surpeuplées où le risque de contamination est très élevé et où les conditions de vie sont horribles. « Les premiers prisonniers infectés dans les prisons d’Ashkelon, de Ramleh et de Moscobiya, l’ont été par des médecins ou des gardiens de prison israéliens. Le manque de produits d’hygiène, de masques ou de gants pose également la question d’un plan délibéré de propagation de la maladie en prison qui, combiné à d’autres problèmes de santé et à un traitement médical notoirement mauvais, entraînera un pourcentage élevé de décès. » [2]

En Cisjordanie, de nombreuses et nombreux Palestiniens venant chaque jour franchir les les check-points pour travailler en Israël, principalement pour des emplois très mal payés, ont été autorisé mi-mars par le gouvernement israélien, en accord avec l’Autorité de Ramallah, à rester à l’intérieur sur le territoire israélien pendant la durée du confinement ; 25 000 travailleurs sont concernés, ils n’ont jamais reçu d’équipements de protection. En outre, « chaque fois que l’un·e de ces travailleurs·ses est soupçonné·e d’être infecté·e par le coronavirus (même une simple fièvre), il ou elle est ramené·e au check-point dans un véhicule militaire » [3] sans aucun traitement médical. La vidéo d’un vieillard jeté au sol du côté palestinien, sans autre considération, a beaucoup choqué. Par ailleurs les descentes dans les maisons palestiniennes continuent, on a constaté des confiscations de paquets de nourriture destinés aux familles en quarantaine [4]. A proximité des colonies juives, les colons ont mis à profit les restrictions de mouvement des Palestiniens pour « déraciner des centaines d’oliviers palestiniens, voler des animaux, détruire des maisons et des granges, attaquer des personnes, et annexer encore plus de terres palestiniennes... [5]

La situation dramatique à Gaza

Mais c’est à Gaza, sur cette bande de terre de 365 km² où sont enfermées 2 millions de personnes que l’inquiétude est la plus grande. L’Organisation mondiale de la santé a averti qu’un grand nombre de patients Covid-19 provoquerait un « effondrement » du système de santé de Gaza. La moitié des médicaments essentiels ne sont tout simplement pas disponibles, et l’autre moitié a moins d’un mois de stock selon les Nations unies. Israël refuse de laisser des fournitures médicales atteindre Gaza [6], qui est déjà privée de tous les moyens de soigner la population : manque de matériel et fournitures médicales de base, peu de masques et de kits de test, à quoi il faut ajouter divers problèmes de pénurie (carburant...).

La qualité de l’eau à Gaza est particulièrement problématique, la nappe phréatique pompée par Israël depuis des années étant désormais dégradée par l’eau de mer. L’eau du robinet est impropre à la consommation humaine et l’électricité n’est disponible que par intermittence. En plus du blocus, la destruction planifiée des infrastructures palestiniennes par l’armée israélienne lors de ses nombreuses guerres sur Gaza, comme par exemple le bombardement de 17 hôpitaux pendant la guerre de 2014 [7] assombrissent encore le tableau pour les Gazaouis... Le 28 mars, des missiles israéliens ont détruit plusieurs bâtiments dans Gaza, « en représailles à un obus artisanal » qui, selon Tsahal, s’était abattu sur le territoire israélien sans faire ni dégâts ni victimes.

Les Palestiniennes et Palestiniens ne peuvent compter que sur eux-mêmes, à travers les acteurs de la société civile et au sein des comités populaire.

De son côté, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) mène des campagnes de désinfection et de sensibilisation auprès des habitantes et habitants [8].

cc FPLP
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cc FPLP

Dans un communiqué du 17 mars, le FPLP a appelé l’Office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a assumer ses responsabilités pour endiguer le virus dans les multiples camps de réfugiés. Ces dernières années, cet organisme a vu ses budgets baisser,et cela s’est aggravé quand les États-Unis ont stoppé leur dotation de 360 millions de dollars en 2018... [9]

Le FPLP a indiqué qu’il avait noué des contacts dans la bande de Gaza, au sein de la société civile à Gaza et avec le ministère de la Santé et le Comité de suivi des forces, afin de former une cellule de crise nationale. Il s’agit de fournir tout ce qui concerne l’aspect éducatif, technique et logistique pour endiguer le virus et faciliter les conditions de quarantaine pour les citoyens [10].



Organisation de la solidarité en France

Les Palestiniennes et Palestiniens doivent aussi pouvoir compter sur la solidarité internationale. Malgré le confinement, il est possible d’agir. Un appel de la Coordination européenne pour la Palestine (ECCP) à été lancé le 6 avril, pour une « aide d’urgence à Gaza » et exigeant la « levée immédiate du siège » [11].

Le 30 mars, une marche virtuelle pour la traditionnelle Journée de la terre et pour la Marche du retour à été organisée. La Journée de la terre commémore chaque année les 6 morts, en 1976, durant la grève générale lancée par les Palestiniens de 48 contre la confiscation de 20 500 hectares de leurs terres en Galilée.

En France, la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS) soutient Gaza sur les réseaux sociaux, avec des photos et des pancartes. Saluons et réjouissons-nous par ailleurs d’une récente victoire de BDS : Microsoft a décidé de se désinvestir à hauteur de 70 millions de dollar de la société Anyvision et de son système de reconnaissance faciale « testé sur le terrain » pour espionner la population des Territoires occupés. A l’heure où le contrôle sécuritaire et le numérique fusionnent de plus en plus sur fond d’épidémie, cette victoire salutaire nous rappelle l’unité du combat des dominés,ici comme là-bas.


A Gaza, le personnel de l’hôpital Al-Awda appelle à intensifier la solidarité
cc Collectif Palestine vaincra

Il est possible de soutenir des organisme sur place, plusieurs caisses en ligne ont été mises en place, dont notamment une pour l’Hôpital Al-Awda. L’Union des comités des travailleurs de la santé (UHWC) est une organisation palestinienne de référence dans le domaine de la santé. Environ 300 000 personnes bénéficient chaque année de ses services dans la bande de Gaza. Situé à Jabalia, au nord de la Bande de Gaza, l’hôpital Al-Awda est administré par l’UHWC et fournit un service médical de qualité à des milliers de personnes.

Il est également possible de soutenir le Syndicat des travailleurs de l’agriculture et de la pêche (UAWC), comme le fait l’Union française juive pour la paix(UJFP). Via une campagne de soutien en ligne, l’UJFP cherche à fournir des kits d’hygiène aux agriculteurs. Objectif : atténuer/réduire l’impact du Covid-19 sur 78 communautés rurales et de pêche en Cisjordanie et à Gaza (2 000 familles).

Autre revendication forte du moment, et en lien avec le risque épidémique dans les prisons françaises surpeuplées, il faut exiger que le révolutionnaire Georges Ibrahim Abdallah, libérable depuis vingt-cinq ans, soit enfin remis en liberté !

Nicolas Pasadena (UCL Montreuil)

cc Agence Média Palestine

[1RSISL, « La Palestine au temps du Covid-19 », 9 avril 2020.

[2Ibidem.

[3Ibidem.

[4Ibidem.

[5Ibidem.

[6Ibidem.

[7Ibidem.

[8Page FB du Collectif Palestine vaincra, Toulouse, 5 avril 2020

[9Randah Farah, « Il est temps de récupérer l’UNRWA », Agence Media Palestine, 8 avril 2020.

[10Communiqué du FPLP, 17 mars 2020

 
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