Dossier 1914 : Les fractions du mouvement ouvrier à la veille de la guerre

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Un syndicalisme révolutionnaire en plein marasme, la montée du socialisme parlementaire, un anarchisme qui s’organise... Au premier semestre 1914, une période nouvelle semble s’ouvrir dans le mouvement ouvrier français. La guerre va brutalement l’interrompre.

FCA, CGT, PS
Détail d’un dessin publié dans La Guerre sociale du 14 février 1912.

Dans les trois années précédant le conflit mondial, les cartes ont été redistribuées au sein du mouvement ouvrier français.

Le Parti socialiste en est incontestablement la force montante, avec plus de 90.000 adhérents, la progression du quotidien L’Humanité et des scores électoraux en hausse constante. Neuf ans après la difficile unification de 1905, les diverses tendances du parti ont fini par s’amalgamer. Une majorité réformiste s’est formée autour de Jean Jaurès et d’Édouard Vaillant. Sur sa gauche, elle doit composer avec la très doctrinaire tendance de Jules Guesde, révolutionnaire en théorie, archi-légaliste en pratique. Sur sa droite, elle est critiquée par Gustave Hervé.

On croit souvent que Gustave Hervé a retourné sa veste en août 1914, en embrassant un patriotisme exacerbé. En réalité, son virage droitier a débuté en 1911. Avec son hebdomadaire, La Guerre sociale (La GS), il a renoncé successivement à l’antimilitarisme, à l’antipatriotisme et à l’antiparlementarisme. En juillet 1914, cela fait déjà deux ans qu’il a été répudié avec dégoût par ses anciens alliés anarchistes et syndicalistes.

C’est en partie en réaction à cette dérive de l’« hervéisme » que les anarchistes ont formé, dès la fin de 1910, leur propre organisation, la Fédération communiste anarchiste (FCA), autour de l’hebdomadaire Le Libertaire. Lors du congrès national d’août 1913, la FCA a rallié les autres fractions anarchistes (l’hebdomadaire Les Temps nouveaux, plusieurs groupes locaux), à l’exclusion de la mouvance individualiste, en pleine déliquescence après l’affaire de la bande à Bonnot.

L’« homme malade » du mouvement ouvrier français, en 1914, c’est la Confédération générale du travail (CGT), dont les effectifs (300.000 adhérents) sont en déclin.

Depuis sa « période héroïque » de 1902-1908, le syndicalisme révolutionnaire peine à retrou­ver de l’élan. Plusieurs grandes grèves (PTT en 1909, cheminots en 1910, bâtiment en 1911) ont échoué. Le quotidien La Bataille syndicaliste ­(La BS), lancé en 1911 pour concurrencer L’Humanité et La Guerre sociale, n’a pas marché comme escompté.

Surtout, depuis cette date, la CGT a usé ses meilleures forces à lutter con­tre le militarisme et la montée vers la guerre. Ses fleurons révolutionnaires – la fédération du Bâtiment en premier lieu – ont subi une dure répression et vu leurs effectifs décliner.

Le malaise dans la CGT s’est aggravé, à partir de juillet 1913, d’une violente polémique sur l’orientation à adopter : radicalisation (défendue dans Le Libertaire) ou recentrage sur l’action reven­dicative – soutenue, entre autres, par la revue syndicaliste de Pierre Monatte, La Vie ouvrière .

Guillaume Davranche (AL Montreuil)


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