SNCF : Après la grève du 8 novembre

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Mobilisation honorable à la SNCF le 8 novembre, plus qu’honorable aux Impôts, à la Poste et dans les télécom le 14 novembre… Il est possible qu’on assiste à un léger regain de combativité, dans un cadre plus corporatif qu’interprofessionnel. On ne va pas faire la fine bouche pour autant, l’important est de partir de la réalité et des aspirations des travailleuses et des travailleurs.

Un peu plus de 30 % des cheminot-e-s étaient en grève le 8 novembre. Au-delà de la polémique habituelle entre direction et organisations syndicales sur le “ vrai pourcentage ”, ce qu’il faut retenir de ce mouvement est que le pourcentage de moblisation est semblable à ceui que nous connaissons habituellement pour des mouvements de ce type et qu’il renvoie à des réalités différentes selon les régions et surtout selon les métiers : les “ roulants ”, mais plus globalement l’ensemble du collège “ exécution ” sont les plus nombreux à participer, alors qu’à l’inverse, l’encadrement ne fait quasiment jamais grève en dehors de situations exceptionnelles du type 1995 ou 13 mai 2003 (retraites). Limitée à 24 heures, cette grève ne risquait pas de déboucher sur une remise en cause de la politique patronale menée depuis des années. Il faut toutefois noter qu’au soir du mouvement, la présidente de la SNCF, Anne-Marie Idrac, annonçait une forte atténuation du plan de suppressions d’emplois des vendeurs et vendeuses. Elle, si arrogante quand elle déclarait, quinze jours avant la grève, que les syndicats en étaient encore à l’époque du mur de Berlin, a-t-elle pris la mesure du rapport de force ? Ou bien est-ce un exercice obligé pour satisfaire au “ dialgue social ” tant revendiqué par la fédération CGT ? Sans doute un peu des deux…

Partir des aspirations de la base

Il y a plus important : cette grève se situe dans un contexte où les luttes commencent à émerger dans plusieurs secteurs professionnels. Ainsi, moins d’une semaine après les cheminot-e-s, le 14 novembre, les agents des impôts et ceux de la Poste étaient en grève, siuvis, un peu plus tard, par d’autres professions. Parallèlement, un cycle de “ manifestations nationales ” chaque samedi démarrait : contre la loi dite “ prévention de la délinquance ” le 18 novembre, contre les violences faite aux femmes le 25, contre le chômage et la précarité le 2 décembre… Encore une fois, la jonction réelle des luttes demeure un thème de débats, une aspiration… et pas une réalité.

Le réseau “ convergences des luttes ” mis en place en juillet dernier (Solidaires, Confédération paysanne, Droits devant !!, etc.) n’a, pour l’instant, pas d’existence réelle, concrète. Beaucoup de militant-e-s, de collectifs syndicaux de la CGT ou de Solidaires sont favorables à coordonner ces mouvements, mais personne ne prend une initiative d’ampleur qui pourrait, peut être, accélérer les choses. Alors, chacun-e essaie de faire au mieux dans son secteur. C’est aussi ce qui se passe au sein même de chaque profession. À la SNCF, la mobilisation est inégale selon les métiers. La situation est assez chaude chez les “ roulants ” : les contrôleurs et contrôleurses cherchent toujours à construire une suite à la grève de mai dernier ; ils et elles ont montré qu’il était possible d’agir nationalement même malgré la mauvaise volonté de plusieurs fédérations syndicales… ce qui conduit certaines d’entre elles à un positionnement plus radical aujourd’hui. Mais c’est surtout parmi les agents de conduite que la tension monte ; le traditionnel “ changement de service ” de début décembre occasionne la mise en place de nouveaux roulements et de conditions de travail encore détériorées.

Cela fait des mois que les fédérations syndicales maintiennent un front unitaire face à la direction. Cela se fait sur des bases justes, mais en des termes trop éloignés des revendications premières des cheminot-e-s. C’est une difficulté pour mobiliser. Des grèves sont d’ores et déjà prévues dans plusieurs dépôts, plusieurs régions SNCF. La réaction des trois principales organisations syndicales du secteur (CGT, FGAAC, SUD-Rail) sera déterminante pour la suite. Si les fédérations syndicales impulsent une vraie coordination nationale, en popularisant les mots d’ordre portés par la base des agents de conduite, alors un mouvement de grève important est possible… Et pourquoi pas au-delà des seuls agents de conduite. Si ce qui prime est une négociation sur des sujets qui échappent aux grévistes, ce sera un échec.

Rien n’est écrit. La situation sera ce que les cheminot-e-s, les militant-e-s syndicaux en feront. Il y a urgence à attiser le feu là où ça commence à chauffer, à poursuivre le travail d’explication et de popularisation des autres grèves là où la mobilisation est moindre. À plus long terme, la perspective d’une manifestation nationale des cheminot-e-s le 8 février 2007 doit être utilisée pour que chacun-e porte le débat dans les organisations syndicales : n’est ce pas l’opportunité de bâtir une gigantesque manifestation nationale interprofessionnelle ?

AL Rail

 
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