Sommet du G8 : Entre éloge du capitalisme et perpétuation du libéralisme

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Il aurait été naïf de penser que les pays du G20, qui se sont réunis le 15 novembre à Washington, condamnent explicitement le capitalisme. En revanche, l’hypothèse d’une réforme en profondeur du système n’était pas à exclure.

Les pays du G20 [1] se sont exprimés en faveur de politiques budgétaires de relance (injection d’argent dans l’économie pour stimuler l’activité) et d’une politique monétaire de soutien (en clair, baisser les taux d’intérêts pour soutenir la sacro-sainte croissance). Ce type de mesures pourrait laisser penser à un infléchissement de la gouvernance économique mondiale vers une nouvelle forme de keynésianisme, ou en tout cas davantage de volontarisme.

Le G20 a de plus émis l’intention de réguler davantage l’économie mondiale et de l’orienter vers plus de « transparence » et d’« intégrité », tout en pointant du doigt les « pratiques frauduleuses » et les paradis fiscaux. Mais sous ce mea culpa apparent se cache l’idée que la débâcle actuelle est due à la malhonnêteté de quelques-uns, et non à une défaillance globale du système.

De plus, pour s’assurer que ces vœux pieux restent lettre morte, il est clairement stipulé que la responsabilité de cette régulation incombe aux nations, tout en reconnaissant la nécessité d’une « coopération » à l’échelle mondiale, dont il n’est pas précisé quelle forme elle doit prendre. En tout cas, l’administration Bush s’est assurée qu’aucune instance régulatrice transnationale ne verrait le jour, afin de garantir aux spéculateurs américains la liberté de continuer à faire n’importe quoi.

Surtout, loin d’une mise en accusation du néolibéralisme, c’est à un éloge frisant l’indécence qu’on assiste : « Ces réformes ne réussiront que si elles sont fondées sur la fidélité envers les principes du libre marché… Ces principes sont essentiels pour la croissance économique et la prospérité ; ils ont sorti des millions de gens de la pauvreté et augmenté significativement le niveau de vie. » Ce passage a deux fonctions : nier que le capitalisme de libre marché soit la cause fondamentale de la crise en essayant de faire croire qu’il est facteur de prospérité, et s’assurer qu’il ne sera pas remis en cause en profondeur. Et de fait, il est ensuite rappelé qu’il faut « éviter la sur-régulation qui entraverait la croissance »…

Enfin, le G20 appelle à renforcer le rôle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, ambassadeurs du néo-libéralisme à travers le monde, et qui pourront donc se livrer tranquillement à leur activité favorite : achever les pays pauvres déjà meurtris par la récession.

Ce n’est donc pas à un renouveau du keynésianisme que nous assistons, mais bel et bien à une perpétuation du néolibéralisme, auquel quelques modifications purement cosmétiques n’ôteront rien de son caractère malfaisant.

Vincent Nakash (AL Paris-Sud)

[1Le G20 rassemble les pays du G8, 11 pays à économie émergente et l’Union européenne. Ils représentent plus de 85% du PIB mondial.

 
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