A contre-courant : En toute immodestie !

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Depuis le temps que vous nous fréquentez, vous avez fini par nous connaître. Vous savez qu’il n’est pas dans nos habitudes de nous jeter des fleurs et de péter plus haut que notre cul. Sans avoir été élevés par les curés et les bonnes sœurs, nous avons tout de même de l’éducation !

Mais cette fois-ci, on n’y résistera pas : devant la déconfiture des marchés financiers, des banquiers, des entrepreneurs et de leurs idéologues patentés, dont la crise a fait éclater les baudruches verbales qui leur tenaient lieu d’analyses en même temps qu’elle fait dégringoler les Bourses qu’ils voyaient monter au ciel, on ne peut s’empêcher de souligner que nous soutenons depuis vingt ans [1] la thèse que, non seulement les politiques néolibérales font le malheur de l’humanité, mais qu’elles vont entraîner tout le monde, y compris le capital lui-même, vers la catastrophe. Et cela pendant que des cohortes de journalistes, d’universitaires, d’hommes politiques et d’hommes d’affaires chantaient les vertus du capitalisme libéralisé et mondialisé. Avec quelques petits groupes, nous avons été parmi les rares qui n’ont jamais cru aux balivernes débitées par les moulins à prière du capital. Contre marées mondialistes et vents néolibéraux, nous avons maintenu notre conviction que ce monde finira par s’écrouler comme un château de cartes.

Le rappel de la validité de notre analyse est d’autant plus nécessaire que la cohorte des faillis idéologiques susmentionnés continue à tenir le haut du pavé médiatique et à nous faire la leçon. N’entend-on pas cette basse-cour roucouler aujourd’hui « Rerégulons, rerégulons ! » comme elle a caqueté des années durant « Dérégulons, dérégulons ! », avec le même psittacisme dans la forme et la même stupidité sur le fond. L’art de psalmodier de concert est décidément le seul dans lequel excelle ce genre de volatiles.

Nous autres, les minoritaires si souvent raillés et déconsidérés – archéomarxistes, attardés du XIXe siècle – nous nous félicitons aujourd’hui de ce que, étant tombés tout petits, à l’âge où l’on s’éveille à la politique, dans la potion magique du Capital, nous avons compris une fois pour toutes que le capitalisme reste aujourd’hui ce qu’il était hier et ce qu’il sera demain s’il réchappe de sa crise actuelle : un mode de production fondamentalement contradictoire et donc instable, dans lequel l’accumulation des forces productives de la société ne peut venir que buter inexorablement sur les limites que lui impose la propriété privée des moyens de production ; et qu’aucune innovation technique, aucune « nouvelle frontière », aucune sophistication financière ne pourront jamais le délivrer de cette contradiction.

Les circonstances présentes nous autorisent à jouer les immodestes et à nous amuser un instant des inquiétudes et des contorsions idéologiques ridicules de nos adversaires de classe. Ils sont déstabilisés ; c’est plaisant. Mais ils pourraient se rétablir si le prolétariat ne songe pas à les bousculer un peu plus ; ça, ce serait moins réjouissant.

[1Le numéro 200 (à paraître en décembre 2008) va correspondre à vingt ans de parution d’ACC.

 
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