Brésil : Le consensus vole en éclat

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La gauche sociale-libérale doit faire face à un vaste mouvement d’opposition. Alors qu’une bonne partie de la population vit dans la misère, le pouvoir continue à investir des milliards pour l’organisation du mondial de football afin de conforter son statut de nouvelle grande puissance.

Le fort mouvement de contestation qui embrase le Brésil tord le cou à bien des idées reçues. En effet, l’image d’un pays dopé par la croissance économique, modèle de démocratie libérale et patrie du football consacrant son statut de nouvelle grande puissance par l’organisation de la coupe du monde en 2014 et des jeux olympiques en 2016 en prend un sacré coup. Certes le pouvoir aux mains du Parti des travailleurs (PT) peut encore compter sur un soutien significatif dans les couches les plus pauvres de la population notamment grâce aux aides sociales qu’il a mis en place. Il n’en demeure pas moins que les inégalités sont toujours aussi criantes quand on sait que les 10 % les plus riches accaparent 48 % des richesses du pays, que les 10 % les plus pauvres n’ont accès qu’à 0,7 % de cette manne, que 23 % de la population perçoit moins de deux dollars par jour et qu’enfin un habitant sur six est en situation de malnutrition. Ces écarts extrêmes restent semblables en ce qui concerne l’accès à la terre, puisque près de 50 % des exploitations (moins de 10 hectares) occupent 2,2% des terres, alors que 2,2% des exploitations disposent de 56,3% des terres.

Plus de jeux, moins de pain

Les manifestations de masse, les émeutes et les grèves qui se développent depuis juin viennent balayer des clichés et ont le mérite de redonner au peuple brésilien une parole habituellement confisquée par le gouvernement, les partis institutionnels et leurs différents relais, parmi lesquels les médias. Les dépenses ruineuses engagées pour réaliser les aménagements et complexes destinés aux grandes messes sportives à venir cristallisent de plus en plus la colère. Les manifestants et manifestantes font également le lien avec la corruption qui constitue la seconde nature de l’État et du capital. L’augmentation du prix des transports a marqué les premières manifestations dans les rues de Sao Paulo, mais c’est surtout la répression qui a enflammé les masses de la capitale économique, puis des grandes villes du pays. Elle a mis dans la rue de nombreux jeunes, mais aussi beaucoup de travailleuses et des travailleurs révoltés contre la casse des retraites et des services publics (éducation et santé notamment) et l’augmentation des prix. Les mobilisations visent aussi un activisme de plus en plus violent (homophobie notamment) de droite et d’extrême droite.

L’État réprime non seulement les manifestations, mais s’en prend aussi aux militants qui depuis des années travaillent à l’émergence de luttes populaires et de masse contre l’ordre qu’il représente. C’est ainsi qu’il faut expliquer la perquisition de l’athénée libertaire de Porto Alegre animée par nos camarades de la Federação anarquista gaúcha (FAG, membres d’Anarkismo) par la police fédérale le 21 juin dernier.

Si les grandes messes sportives sont prises pour cible, c’est parce qu’elles symbolisent toute la violence politique et sociale qu’incarne aujourd’hui le capitalisme brésilien : expulsions massives des favelas situées autour des complexes sportifs, déplacement à une cinquantaine de kilomètres des populations évincées, projets inutiles qui laminent protection sociale, services publics mais aussi destruction de l’agriculture vivrière et des écosystèmes.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

 
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