Les Chroniques du travail aliéné : « Je ne joue pas sur les frais de transport » (partie 2)

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Les chroniques du travail aliéné par Marie-Louise Michel, psychologue du travail


« Je ne joue pas sur les frais de transport » partie 2, Virginie [1] comptable

Résumé de la 1re partie : A la suite d’incessants changements, Virginie est mise au placard malgré des résultats satisfaisant sa hiérarchie. Malgré son zèle, elle n’est pas spécialement remarquée par sa direction.

J’arrive vers sept heures le matin et je termine tôt le soir parce que je ne supporte pas l’open space. Je n’arrive pas à me concentrer. Mais je pars avec mon PC ; quelquefois je prends des demi-RTT pour pouvoir travailler à la maison. On nous a tous donné un PC et un iPhone pour lire tous nos messages n’importe quand, n’importe où. C’est pratique. Ce que je voudrais c’est manager à nouveau moi aussi.

Je ne joue pas que sur les frais de transports. Par exemple, j’ai déposé un dossier de formalités de douane. Là mon chef était content. Ca nous fait gagner des fortunes et là en toute légalité...Il faut dire qu’il ne va pas très bien, il est en mi-temps thérapeutique après une double hernie discale… Mon collègue, lui il rentre juste d’arrêt de travail, il avait fait un AVC et ensuite un décollement de rétine, il fait parfois des tachycardies. Mais on tient le coup, on s’entraide.

Mon mari travaille dans la même boite. On ne parle jamais de boulot ensemble. Il ne veut pas entendre parler du boulot quand il rentre. Il se met dans un fauteuil, fait la sieste devant la télé. Aucune conversation. Il a essayé de partir au moment des plans de licenciements, il y avait un pactole et il en avait plus que marre. Mais ceux qui sont licenciés en premier c’est d’abord les syndiqués et les plus anciens et bien sûr la maintenance où il travaille. Mais c’est son collègue qui a été choisi. Il est frustré. J’en parle avec ma fille, c’est sûr elle est trop jeune. Mais je n’ai qu’elle. Et puis la certification de douanes que j’ai obtenue, c’est le père de son petit copain qui l’a donnée, ils sont venus prendre le thé et il m’a glissé en sortant de ne pas m’inquiéter, que je l’aurai. J’ai peur qu’il y ait eu un petit peu de manque de neutralité, mais c’est sympa. J’aime bien travailler dans une multinationale, quand quelqu’un de chez nous va n’importe où dans le monde, on lui dit "tu diras bonjour à Virginie de ma part !", j’adore ça. Mais là, il faudrait peut-être que je commence par remettre mon PC au boulot.

Il faut que j’arrête de leur donner toute ma vie. Et que j’éteigne mon iPhone en dehors des missions si je veux avoir une vie personnelle. Il y en a quand même un qui m’épate c’est celui qui a refusé l’iPhone…

[1Seul le prénom est modifié, le reste est authentique.

 
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