Crèche Baby Loup : Confusions et délires en série

Version imprimable de cet article Version imprimable


La décision de la Cour de cassation de casser l’arrêt de la cour d’appel de Versailles concernant le licenciement pour faute grave de Fatima Afif, éducatrice de jeunes enfants au sein de la crèche Baby Loup et qui y travaillait voilée, a déclenché une nouvelle campagne médiatico-politique sur la question du voile.

La décision du 19 mars 2013 de la cour de cassation a déclenché une vague de commentaires médiatiques dans lesquels il est unanimement repris que le licenciement de la salariée était cassé, sous-entendant que le port du voile serait à partir de ce moment « autorisé » dans les entreprises privées qui allaient maintenant être envahies par des femmes voilées.

Mardi 26 mars, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, déclarait à l’Assemblée qu’il avait vu dans cette décision de la Cour de cassation une « mise en cause de la laïcité ». Puis, sur France 2, François Hollande enchaînait en affirmant, jeudi 28 mars : « La loi doit intervenir ».

Rétablissons la vérité

D’abord rappelons que la Cour de cassation n’a pas annulé le licenciement. Elle a simplement cassé un arrêt de la cour d’appel de Versailles non conforme au droit. Elle a remis « la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt » et les renvoie devant la cour d’appel de Paris.

La Cour de cassation ne s’est même pas prononcé sur la « licité » du port du voile par Fatima Afif. Elle a simplement constaté que la justification du licenciement, à savoir « la clause du règlement intérieur, instaurant une restriction générale et imprécise [aux libertés religieuses], ne répondait pas aux exigences » du code du travail qui encadre les « dispositions apportant aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ».

La cour de cassation a simplement rappelé que l’obligation de neutralité qui s’impose aux salarié-e-s des services publics ne peut pas s’appliquer de façon générale et absolue dans une entreprise privée. Rien ne dit par ailleurs que la cour d’appel de Paris va casser le licenciement, si la crèche modifie son argumentation et démontre que le grand foulard sombre de la salariée entrave ses aptitudes à sa mission professionnelle en introduisant une différence de traitement entre les enfants en fonction des croyances de leur famille.

Ne pas confondre islamophobie et laïcité

Pourtant, les médias se déchaînent et nous promettent de nouvelles dispositions légales contre le foulard islamique. Cette campagne est dangereuse ! D’abord parce qu’elle alimente de nouveau la croisade anti-musulmans et musulmanes qui complique toute possibilité de construction d’une solidarité entre les exploité-e-s.

Ensuite, parce que cela va être l’occasion d’introduire une brèche dans la législation contre les discriminations, bien au-delà de la question religieuse. Une régression sociale de plus en vue !

Alternative libertaire dénoncera toujours les hypocrisies d’État et les hypocrisies politiciennes qui mettent en place des politiques prétendument laïques mais en réalité racistes, la laïcité ne servant que de caution à une politique de stigmatisation d’une partie de la population. Ces polémiques portent une logique de répression et d’exclusion qui n’est pas la nôtre. Cela ne nous empêche pas par ailleurs de dénoncer le piège tendu aux femmes prises entre le mépris républicain et une tradition, qui leur impose ce symbole de domination. Mais c’est un autre débat qui n’est même plus évoqué quand on parle du voile islamique.

Jacques Dubart (AL Agen)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut