Rroms : La machine à démanteler

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À l’initiative de plusieurs associations de soutien de l’Essonne, a eu lieu une conférence sur la récente politique d’expulsions massives de campements rroms. Parmi les intervenants, les sociologues Eric Fassin et Saïd Bouamama. Analyse d’un des versants les plus odieux de la politique migratoire du Parti socialiste.

Le chiffre est tombé : pendant le premier trimestre 2013, plus de 4 000 Rroms ont été expulsé-e-s de leurs lieux de vie dans toute la France. Cela représente environ 20 % de l’ensemble de la population présente en France. Justifiées selon Manuel Valls, qui bat des records, par « le refus de s’intégrer » de cette population, les expulsions vont particulièrement bon train en Île-de-France, principalement en Essonne et en Seine-Saint-Denis. Profitant de la dispersion des terrains sur l’ensemble des départements, et de l’éclatement des groupes du fait des expulsions, les pouvoirs publics tentent de diviser les soutiens et anticipent toute mobilisation en donnant l’illusion de mener une politique sociale. Ainsi, à Ris-Orangis, une douzaine de familles se sont vues proposer par la mairie un « programme d’insertion », condition de leur relogement. La mairie fait ainsi passer pour une faveur ce qui est en principe pour elle une obligation légale : reloger toute famille expulsée. Surtout, elle contribue à la diffusion d’une idée sournoise : celle de distinguer les « bons » Rroms, intégrables, des mauvais. On a déjà vu ça pour d’autres populations....

Pourquoi tant de haine ?

Pourquoi cette précipitation à expulser les Rroms ? D’abord, parce que les Rroms, pour la plupart ressortissants de pays européens ou en passe de le devenir définitivement, sont de plus en plus difficilement expulsables. Le harcèlement dont ils font l’objet a une fin dissuasive : il s’agit de les écœurer, de les épuiser et de démembrer leurs familles, pour qu’ils renoncent à venir en France.

Ensuite, par démagogie populiste à l’approche du grand cirque électoral de 2014. Il s’agit pour les élus locaux de s’affirmer comme porte-parole de leurs électeurs. Eric Fassin note ainsi le nouvel usage politique du terme « riverain », censé légitimer leur action. Le « problème rrom », créé de toutes pièces, sert à justifier une candidature et à se prétendre concerné par le quotidien des habitants. Les Rroms, dans la diversité de leurs origines et de leurs situations, sont ainsi désignés uniformément comme une nouvelle menace à l’ordre public, comme bien d’autres populations qui n’ont généralement rien demandé. Et de fait, dans plusieurs villes, on voit apparaître des mouvements xénophobes : c’était le cas à Marseille, ça l’est maintenant à Montreuil, où des habitant-e-s ont manifesté violemment leur hostilité à un des ambigus programmes de relogements des expulsé-e-s, avec le soutien de Jean-Pierre Brard, ancien maire apparenté communiste de la commune.

La xénophobie anti-rroms ya basta !

Face à cette politique de la division qui s’échelonne des mairies jusqu’au ministère de l’Intérieur, la nécessité de retisser du lien social entre les habitants et habitantes des quartiers s’impose plus que jamais. Il importe, surtout, de tenir des positions fermes contre les relogements au cas par cas et de réclamer l’arrêt du harcèlement et de toutes les violences physiques et morales menées contre les lieux de vie.

Clem (commission antiraciste)

 
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