Mariage pour tous : La bourgeoisie s’encanaille

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Depuis quelques mois, le gouvernement tente de faire passer une loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Alors que la loi vient d’être adoptée, cette proposition continue de se heurter à une forte mobilisation réactionnaire pluriforme et virulente.

La loi qui autorise le mariage et l’adoption par les couples de même sexe vient d’être votée. Au-delà du mariage et de l’adoption proprement dits, les autres avancées de la loi seront de types juridiques et fiscaux (facilitation d’héritages, etc.). Si la gestation par autrui (GPA) ne figure pas dans le texte – ce dont on peut se réjouir tant le risque de marchandisation du ventre des femmes est grand – la procréation médicalement assistée (PMA) est, quant à elle, repoussée à plus tard malgré les promesses de campagne du candidat Hollande. Cette loi présente donc bien une avancée du point de vue de l’égalité des droits entre couples homosexuels et hétérosexuels, et à ce titre elle doit être défendue. Cependant, elle est loin de correspondre à une revendication d’égalité globale qui passerait a minima et à la fin des inégalités fiscales et juridiques entre personnes mariées et non mariées (en couple ou non).

Oppositions multiples

Si la loi rencontre une telle résistance, ce n’est malheureusement pas sur ces bases. Au contraire, les opposants annoncent défendre la famille traditionnelle en prétendant que seul un couple hétérosexuel serait à même d’éduquer un enfant. Le collectif à l’origine des manifestations, monté pour l’occasion, s’est donné comme égérie une humoriste mondaine : Frigide Barjot. Plusieurs groupes politiques de droite et d’extrême droite se sont ensuite greffés sur les différents rendez-vous, et après plusieurs tentatives de débordement, n’hésitent désormais plus à aller au contact. En marge de ce collectif, d’autres initiatives, proches du courant catholique traditionaliste, existent et jouent sur un registre homophobe assumé.

L’ampleur des manifestations (jusqu’à 340 000 personnes à Paris selon la police) a pu surprendre. C’est oublier qu’une grande partie de la population française se définit comme catholique, et que près de 20 000 « permanents » diffusent la propagande de l’Église dans les paroisses, sans compter la multitude d’associations qui jouent le rôle de courroies de transmission sur des thématiques spécifiques. L’Église conserve donc une importante capacité de mobilisation et est prête à l’utiliser pour défendre le modèle hétéro-patriarcal. Une autre raison du succès des manifestations est leur rôle d’outil de restructuration idéologique de la bourgeoisie.

Historiquement, la droite française est composée d’un courant réactionnaire et d’un courant libéral. Avec la crise du capitalisme, ce dernier est en perte de vitesse. Pour conserver son assise, la droite libérale doit donc se mettre au service des franges les plus réactionnaires de la bourgeoisie, ce que lui permet la mobilisation homophobe.

Contre l’homophobie !

Face à ce rouleau compresseur, les manifestations favorables au mariage pour tous, quoiqu’importantes, ont eu en apparence moins de succès. Il est en effet difficile de mobiliser pour un soutien (même critique) à une loi qui va être votée, et la dynamique s’est souvent limitée aux organisations homosexuelles (Arc-en-ciel, Homosexualité et Socialisme, etc.) dont aucune ne possède une capacité de mobilisation comparable à celle de l’Église. Si la loi a finalement bien été votée, les dernières actions fascistes en date illustrent également la difficulté des forces progressistes à maintenir la pression sur le long terme sur des questions « sociétales ».

Dany (AL Toulouse)

 
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