Essai : Répression, l’État face aux contestations politiques

Version imprimable de cet article Version imprimable


Zadistes, syndicalistes, étudiant·es, lanceurs et lanceuses d’alerte, militant·es écologistes, gilets jaunes, soutiens aux réfugié·es, journalistes, anticapitalistes, ou simples manifestant·es sont de plus en plus fréquemment, et durement, touchés par la répression. Il ne se passe pas un jour sans que celles et ceux qui contestent l’ordre établi ne soient confrontés à la répression, policière, judiciaire ou administrative.

Au-delà de ce constat, Répression, L’État face aux contestations politiques, de Vanessa Codaccioni, permet de mieux comprendre les formes que peut prendre cette criminalisation de la contestation et d’étudier les logiques qui sont à l’œuvre dans cette stratégie gouvernementale qui s’est accélérée depuis 2016 et la loi Travail. À travers cinq courts et vivants chapitres, l’autrice pose des constats sans appel. Une double mécanique se renforce avec l’empilement de lois répressives, la dernière étant celle du 12 mars et visant à «  maintenir l’ordre durant les manifestations  ».

D’une part, l’État délégitime les luttes, en les dépolitisant, c’est-à-dire en niant le caractère politique de ces actions, particulièrement (mais pas seulement) quand elles sont «  violentes  »  : les militant·es deviennent alors des délinquant·es ou des terroristes. Le délit politique devient un délit de droit commun, la participation à une manifestation interdite devient la participation à un groupement en vue de commettre des violences contre les biens et les personnes. Il est ainsi plus aisé, pour l’État, de réprimer durement non pas des contestataires mais des voyous… d’autant plus qu’il sait pouvoir compter sur les grands médias pour relayer et entretenir cette dépolitisation.

Et, dans cette logique, c’est l’arsenal policier et juridique anticriminel et antiterroriste qui est mobilisé, notamment en termes de renseignement, de surveillance et de répression préventive. Si les interdictions de manifester en sont l’exemple le plus flagrant, l’utilisation massive des brigades anti criminalité et des brigades de recherche et d’intervention – et même de l’armée – dans les opérations « de maintien de l’ordre » en est la traduction la plus concrète… et la plus brutale.

Vanessa Codaccioni termine logiquement son livre sur la nécessité de se battre pour faire reconnaitre les motivations politiques des personnes réprimées, pointant néanmoins les risques, dans la période, d’aboutir à un «  régime d’exception  » et une répression spécifique et non moins sévère… Et – ce sera peut être moins consensuel dans certains milieux militants – elle n’oublie pas de pointer les dangers d’une différenciation-hiérarchisation (les politiques et les autres) qui aboutirait à se démarquer des autres victimes de la violence de l’État, et notamment les classes populaires et les jeunes racisé·es.

FB (UCL Montreuil)

  • Vanessa Codaccioni, Répression, L’État face aux contestations politiques, éditions textuel, avril 2019, 96 pages, 12,90 euros.
 
☰ Accès rapide
Retour en haut