Éducation : À Bobigny, «  sois prof et tais-toi !  »

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Depuis le début de la mobilisation contre la loi Blanquer, tout le monde a en tête la répression antisyndicale hors norme subie par quatre enseignant·es du collège République, à Bobigny (93). Pour les défendre, la mobilisation a été exemplaire, même si elle n’a pas suffi.

« Sois prof et tais-toi » : quiconque a participé à la mobilisation contre la loi Blanquer a pu voir de nom­breux tee-shirts, autocollants ou sacs en tissu frappés de ce slogan accompagné d’un dessin montrant le ministre bâillonnant un enseignant. C’est notamment le comité de soutien aux personnels réprimés du collège République à Bobigny (93) qui distribuait ce matériel. Grâce à lui, les réprimé·es du collège République – victimes d’une répression hors norme – se sont imposés dans le pay­sage de la mobilisation contre la loi Blanquer.

Pour saisir ce qui se passe, il faut savoir que le collège République, à Bobigny, classé REP+ (plus haut niveau de l’éducation prioritaire), a depuis plusieurs décennies un ancrage très fort dans les mobilisations sociales. Le collège avait ainsi été parmi les fers de lance dans la mobilisation pour un plan d’urgence en Seine-Saint-Denis en 1998. Ces dernières années encore, il a été le théâtre de multiples débrayages, grèves et actions au titre du droit de retrait.

Or, depuis l’hiver 2017, l’administration a décidé de faire le ménage dans ce collège trop remuant. Commence alors un engrenage hallucinant, avec comme point d’orgue, au printemps 2018, une visite de plusieurs semaines de l’Inspection générale (sommet de la hiérarchie), sur demande du ministre. Puis, après une période de latence, le couperet est tombé en mars 2019 : deux enseignant·es visés par des procédures disciplinaires, et deux par des mutations « dans l’intérêt du service » – c’est-à-dire sans que l’administration doive les justifier.

Caisse de solidarité, 10 000 pétitionnaires...

Mais c’était, de la part de la hiérarchie, s’attaquer à une équipe solide et réactive, bien insérée dans le réseau syndical. La riposte a été à la hauteur : réunions publiques, soirée de soutien, rassemblement devant le rectorat, caisse de solidarité, campagne sur les réseaux sociaux, 10 000 pétitionnaires en soutien. Une tribune sur Mediapart a été signée par de nom­breuses et nombreux universitaires, syndicalistes et politiques. L’intersyndicale CGT-CNT-FO-SNEP-SNES-SUD du 93 a soutenu la mobilisation de bout en bout.

Et pourtant, cela n’aura pas suffi ! Certes, les deux procédures disciplinaires ont été réduites à de simples blâmes ; en revanche les deux mutations « dans l’intérêt du service » ont été validées par le recteur courant juillet. La mobilisation a été exemplaire, mais elle n’a pas suffi, pour l’heure, à bloquer le ­rouleau compresseur institutionnel.

Gyula (AL Montreuil)

 
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