Loire-Atlantique : Vague de colère contre le surf park

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À Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique), à 10 km de l’océan Atlantique, un projet de surf park suscite un mouvement d’opposition… en construction. Mais pour le moment la mobilisation traverse des difficultés, alors que les travaux doivent commencer début 2020. Il y a urgence !

Depuis le 5 juillet, la Loire-Atlantique et la Vendée sont en situation de sécheresse. Les agriculteurs et agricultrices ont interdiction d’arroser leurs champs. Et pourtant, c’est bien en Loire-Atlantique, à la frontière avec la Vendée, qu’a été lancé ce projet de surf park, porté par l’entreprise Magic Swell  : un bassin de 200 mètres de long générant des vagues artificielles toutes les 8 secondes... à 10 km de l’océan Atlantique, pourtant peu avare en vagues (gratuites et écologiques) et en surfeurs.

Destruction de terres agricoles et gabegie d’eau

Ce projet se traduira officiellement par la destruction de huit hectares de terres agricoles, mais réellement 25 hectares quand on prend en compte les projets annexes (bar-restaurant, aires de jeu, coin pique-nique et salles pouvant accueillir des séminaires d’entreprise) et par la réquisition de vingt-cinq millions de litres d’eau, certes prévue pour tourner en circuit fermé (pendant les cinq ans d’exploitation prévue du surf park selon certains échos). Aujourd’hui la sécheresse qui sévit et la Loire qui est au plus bas nous rappellent pourtant l’importance d’une gestion économe des ressources en eau.

Le collectif Terres communes  [1] a donc décidé de s’opposer à ce projet destructeur. Même Philippe Grosvalet, président PS du département Loire-Atlantique a décidé de retourner sa veste, ayant peut-être senti le vent (générateur bénévole de vagues) tourner.

Le 20 juillet a été organisé un premier week-end d’occupation. Des ateliers et concerts étaient prévus sur le site. Mais une petite cinquantaine d’agricultrices et agriculteurs conventionnels de la FNSEA, de fascistes recrutés via page Facebook pour «  casser du zadiste » et de riverains apeurés par la perspective de voir s’installer une nouvelle Zad sont arrivés sur le site vers 11 h 30, bien décidés à en découdre. Les plus énervés étaient armés, juchés sur des tracteurs et accompagnés de tonnes de lisier pour rendre le site inutilisable. Les Zapistes (Zap pour zone à protéger ou zone d’autonomie paysanne) encore trop peu nombreux sur site à ce moment-là ont résisté tant bien que mal.

Des affrontements ont eu lieu, sous le regard de la gendarmerie, pas décidée à intervenir... jusqu’au premier blessé, qui a été l’agriculteur anciennement propriétaire du champ. Une aubaine pour les flics. Les gendarmes mobiles, alors plus nombreux que les zapistes, sont alors descendus sur le terrain pour menacer les personnes présentes d’une garde à vue collective avec poursuites s’ils ne démontaient pas le site.

La montée des tensions

Dans le même temps, 200 personnes, qui s’étaient rassemblées devant la mairie pour manifester contre le projet à 14 heures, se sont déplacés vers le lieu d’occupation. Après des menaces de mort de la part de miliciens fascistes tournant dans les rues de Saint-Père-en-Retz, la manifestation a été empêchée d’entrer par la gendarmerie.

Devant l’ultimatum et un rapport de force peu à notre avantage, il a été accepté de déménager le site vers une ferme, propriété d’un membre de Terres communes. Le rassemblement de soutien – et non plus d’occupation – a tout de même eu lieu. Un évènement plein d’énergie et de détermination avec malheureusement une ombre au tableau  : un des membres du collectif a été convoqué à la gendarmerie pour coups et blessures avec arme alors qu’il n’était même pas présent sur site pendant l’affrontement.

Une semaine plus tard, le 27 juillet, un nouveau rassemblement a eu lieu à la mairie, avec une centaine de personnes. De nouveau, la présence du camp d’en face fit l’évènement, mais cette fois en infériorité numérique dès le départ. Le rassemblement a donc eu lieu comme prévu. Cela permit aussi de connaître un peu mieux la composition des opposants à la Zap  : partisans du «  dynamisme économique  », éléments ultraviolents, au discours typique de l’extrême droite antisociale – «  vous êtes tous des feignants au RSA  » – et menaçants les zapistes d’agressions physiques – «  on va vous exploser la tête  »– voire de mort  ; mais aussi des personnes en désaccord avec les moyens d’actions des Zapistes. Avec ces derniers une discussion est peut-être possible ...

L’opposition au surf park peine à rassembler en masse. Les opposantes et opposants au projet semblent en difficulté pour tenir une occupation à quelques dizaines de personnes et les manifestations de soutien les samedis ne rassemblent pour le moment que quelques centaines de personnes. De plus, la faible superficie du terrain ne permet pas la même stratégie d’occupation que dans des Zad plus étendues. Mais la détermination est au rendez-vous.

Préparer l’avenir

Ce dont le mouvement a vraiment besoin aujourd’hui, c’est de soutien, et plus encore, de militantes et militants. L’UCL vous invite toutes et tous à venir aux prochains rassemblements, à suivre cette lutte de près et à en parler autour de vous. Au plus fort de la lutte, la Zad de Notre-Dame-des-Landes pouvait rassembler des dizaines de milliers de personnes. Cela a été déterminant dans sa victoire. La possibilité d’actions à Nantes fin septembre, via un comité de soutien à la Zap, a été discutée. Comité dont la préparation aura lieu dès cet été et qui comprend déjà des membres de l’UCL Nantes.

Il ne tient qu’à nous toutes et tous, par le nombre, de faire en sorte que la Zap, elle aussi, vive et l’emporte. Le début de la construction étant prévu pour début 2020, il va falloir mobiliser rapidement. Sans oublier le besoin de soutien envers celles et ceux qui ont été identifiés par les pouvoirs publics comme leaders du mouvement et pourraient être confrontés à l’institution judiciaire.

Florian (UCL Nantes)

[1Le collectif Terres communes s’est créé pour défendre les terres, la biodiversité et la petite paysannerie par le soutien à des projets d’autonomie paysanne, artisanale et des actions contre l’urbanisation des terres ou leur concentration aux mains de quelque gros agriculteurs.

 
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