Lire : Belmessous, « Opération banlieues »

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Foin d’éducation, de désenclavement, foin d’ailleurs de n’importe quelle forme de compréhension ou d’écoute de la misère sociale dans les banlieues, quartiers, cités… Une seule solution, savamment préparée depuis une dizaine d’années, la répression.

L’étude d’Hacène Belmessous est détaillée, aérée, approfondie , précise et originale. Car si nous savons bien que la violence policière est encouragée et la surveillance accrue, ce sont les nouvelles formes de contrôle social et les nouveaux acteurs de son déploiement que décrit l’auteur qui nous intéressent ici.

A l’occasion d’une enquête sur la rénovation urbaine d’une cité du sud de la France, l’auteur comprend que les décisions de détruire telle barre d’immeubles plutôt que telle autre obéissent à une logique tactique : faciliter le passage de la troupe, réduire les angles morts et possibilités de fuite lors de probables émeutes. L’idée du livre est née.

Explorant notamment le contexte qui entoure le Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale (2008). Celui-ci, pour la première fois dans l’histoire contemporaine, télescope l’idée de défense extérieure et d’un « front intérieur », qui justifierait de confondre opérations militaires et policières dans une même doctrine, dirigée contre les cités et les sombres menées qui s’y trament.

On lira ce livre en contrepoint de L’Ennemi intérieur de Mathieu Rigouste, et du travail d’Alain Bertho sur les émeutes à travers le monde. Il y a de véritable découvertes dans ce livre, pour lequel Belmessous a interrogé quantité de militaires, policiers, gendarmes, et où les plus va-t-en guerre ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Il nous parle du Projet COLOSSE visant à « professionnaliser la maîtrise des foules (…) et mouvements massifs type émeutes ».

Réticence des militaires et gendarmes, mais militarisation d’une police mise sous tension par Sarkozy, et qui se vit comme le dernier rempart face à la barbarie, mutualisation sécuritaire de l’espace urbain (plus connue sous le nom de projet Grand Paris), et copilotage des projets de rénovation urbaine par la police, le livre multiplie les études de cas concrets – Orléans, Meaux, Nice. Il est riche aussi des verbatim, lois, dispositifs qui montrent ad nauseam, la cohérence entre la vision sarkozyste de la vie en société (contrôle absolu) et l’appareil militaro-médiatique pour la concrétiser.

Cuervo (AL 95)

 
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