Capitalisme international : La terre n’est pas une marchandise

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Le phénomène n’est pas nouveau mais il est en nette recrudescence. En effet, depuis une dizaines d’années, des entreprises privées et des Étatsont acheté de grandes surfaces de terres fertiles dans d’autres pays. Ce sont près de 60 millions d’hectares de terres dans le monde (soit la superficie de la France) qui ont été volés aux paysans et aux populations locales.

La problématique du vol des terres, mise en lumière lors des récentes crises alimentaires, est aujourd’hui d’une actualité brûlante tant le rythme s’accélère. Que cela soit en Afrique, en Asie, en Amérique latine et maintenant en Europe de l’Est, le nombre et la surface de terres vendues à des État ou des multinationales ne fait que croître. Les conséquences sont terribles pour les territoires touchés : destructions des cultures vivrières dans des pays déjà touchés par la faim, destruction des systèmes sociaux basés sur une petite paysannerie, appauvrissement des terres, pillages des ressources en eau... La terre est devenue un bien marchand comme un autre, une nouvelle proie pour les affameurs capitalistes.

Des pilleurs soutenus par le capitalisme mondial

Ce nouveau marché juteux est actuellement pris d’assaut par deux types d’acheteurs. D’une part des États qui appliquent une politique néo-colonialiste sous couvert d’assurer leur sécurité alimentaire. Ceux-ci achètent des terres à moindre coût pour produire des denrée moins chères pour leurs populations comme par exemple la Corée du Sud qui a délocalisé une grande partie de ses cultures vivrières au Cambodge ou encore le Qatar qui est en train d’acheter des terres en Ukraine pour un montant de 100 millions de dollars afin d’y faire produire des céréales.

D’autre part de grands groupes multinationaux comme Danone, Louis Dreyfus, Deutsche Bank, Mitsubishi, Deawoo, Barclays, ont aussi vu l’intérêt de placer leur argent dans les terres. C’est en effet un investissement qui devient moins risqué que les cours de la bourse. Ces groupes investissent dans des terres pour y faire des monocultures intensives à grande échelle destinées aux agrocarburants, à la compensation carbone ou aux exportations ! L’un des projets les plus fous mais qui illustre assez bien l’ampleur du phénomène était celui de la firme sud-coréenne du Sud, Daewoo, à Madagascar. En effet, cette firme avait pour projet d’acheter en consortium près de 1,3 millions d’hectares de terre, ce qui représente... la moitié des surfaces cultivables du pays. Heureusement ce projet n’a pas vu le jour.

On pourrait croire que ce phénomène, dans une période où les crises alimentaires sont récurrentes, alarme quelque peu les organismes mondiaux en charge de ces questions mais il n’en est rien.

Défendre l’autonomie alimentaire !

Un rapport à été écrit à ce sujet par la banque mondiale et la FAO (entre autres), et il préconise un accaparement des terres « socialement responsable »... joli blason pour cacher les dents de requins. La banque mondiale soutien d’ailleurs activement ces « investissements ».

Ces vols de terre à grande échelle ont des conséquences sociales et politiques importantes. Outre le fait qu’ils entraînent la destruction des cultures vivrières, c’est la dépendance économique et politique des populations aux firmes multinationales et aux États accapareurs qui est en jeu. Les pays où les terres sont achetées se soumettent en effet à l’importation massive et aux fluctuations des cours mondiaux.

Structurer les luttes à l’échelle internationale

La seule solution viable réside dans l’autonomie alimentaire : la production locale a pour objectif de nourrir la population locale, de maintenir une économie locale et constitue alors un des piliers de l’autodétermination politique d’un peuple.

Dans ce cadre, la réforme agraire est un élément incontournable. En effet, il est nécessaire de restructurer fondamentalement l’économie agricole afin de la soumettre à la satisfaction des besoins alimentaires de la population et de redistribuer de façon égalitaire les terres.

L’accaparement des terres est le plus massif dans les pays où la structuration des organisations paysannes est la plus faible. Bien souvent, les paysans concernés sont les derniers avertis du rachat dont font l’objet leurs terres. Les titres de propriété, s’ils existent, n’ont aucune valeur pour ces voleurs internationaux. Ils ne respectent même pas les règles qui sont à la base du système capitalisme (la propriété) lorsque cela va contre leurs intérêts et que, bien sur, le rapport de force est très déséquilibré. Ce n’est donc qu’en organisant les paysannes et paysans pour les combattre sur le terrain de la lutte que nous pourront renverser ce rapport de force. C’est, entre autre, ce que Via Campesina [1] organise à l’échelle internationale. Une des ses priorités est d’organiser et de coordonner les luttes face aux divers investisseurs qui se présentent. C’est la solidarité internationale entre paysans et entre peuples, de façon plus générale, qui pourra nous rendre victorieux de ces voleurs de terre.

J.D. et G.C. (AL Var)

[1C’est une internationale paysanne dont est membre la Confédération paysanne.

 
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