SNCF : Le contrôle social... sur les rails

Version imprimable de cet article Version imprimable


En janvier 2004, une directive européenne a été déclinée pour tous les cheminots travaillant sur des emplois dits “ emplois de sécurité ”, c’est-à-dire postes de travail liés - d’une manière ou d’une autre - à la sécurité des circulations ferroviaires. Par exemple : les conducteurs de trains, les aiguilleurs, les contrôleurs... mais aussi - fait nouveau - leurs lignes hiérarchiques amenées à tenir ponctuellement ces postes, plus particulièrement les jours de grève...

Désormais, les cheminots travaillant sur ces emplois de sécurité doivent annuellement répondre de leur aptitude médicale mais également psychologique à tenir leur poste de travail. Dans une première approche, ces notions attachées à la sécurité des circulations ferroviaires ne sont pas choquantes. En effet, chacun d’entre nous souhaite voyager dans des conditions optimales de sécurité. En revanche, dès que l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que ces mesures servent de prétexte à la direction de la SNCF pour imposer un nouvel ordre établi au travers de soi-disant normes médicales et psychologiques.

Cette situation engendre un contexte nouveau à la SNCF : celui d’une soumission permanente des salariés. Soumission au diktat des patrons...mais également à l’arbitraire des médecins du travail, eux-mêmes soumis à la SNCF car employés et payés par elle. En effet, les médecins du travail sont la clé de voûte dans cette régression sociale des salariés. En adhérant à la volonté patronale, le corps médical SNCF a complètement intégré le discours dominant. Soulignons que seule une médecin du travail du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST) a engagé une démarche juridique contre les pressions qu’elle subissait parce qu’elle refusait d’appliquer les injonctions de la direction SNCF. Il faut savoir que la direction SNCF a cadré les interventions des médecins du travail dans un protocole interne appelé “ note 50 ” qui définit la tendance idéologique et médicale dans laquelle les médecins du travail doivent agir... nous sommes loin de l’indépendance médicale et/ou de toute notion de prévention en santé au travail !

Les médecins SNCF acteurs de l’exclusion sociale

En acceptant la logique des différents contrôles et des applications systématiques des nouvelles normes, les médecins du travail SNCF sont en opposition directe avec l’éthique médicale du code de déontologie médical (indépendance vis-à-vis d’un employeur) et avec la législation du travail (les articles L. 230-1, L. 230-2 et L. 230-3 du Code du travail). Leur attitude docile a attisé la logique de contrôle social permanent qu’a imposé la direction de la SNCF et à travers elle, les pouvoirs publics. L’exemple vécu par ce cheminot de Metz est édifiant. Convoqué à son examen de visite médicale annuelle, il demande que le contrôle urinaire se fasse dans le strict respect de sa personne et de sa dignité. En effet, nul ne peut exiger la mise en sous-vêtements d’une personne dans un lieu public (local des infirmières) sans raison fondée, même sous le prétexte d’effectuer une analyse d’urine. Pourtant, le seul fait d’exiger le respect de son intégrité morale et physique rend ce cheminot inapte à tenir son poste de travail. Plus tard, les examens effectués dans les conditions qu’il exigeait, ne révèleront aucune anomalie ni la “ trace ” d’un produit interdit ou incompatible avec le poste tenu par l’agent. Pourtant cet agent est maintenu inapte à son poste. Plusieurs mois de luttes syndicales (uniquement par SUD rail) et une décision des Prud’hommes favorable au salarié ont été nécessaires pour que ce salarié recouvre son poste de travail.

De la sécurité ferroviaire à la dérive sécuritaire...

Sous le prétexte d’une sécurité ferroviaire maximale, la direction SNCF a mis en place un système de contrôles permanents pour l’aptitude physique (examens biologiques) mais également pour l’aptitude professionnelle...qui comprend : l’aptitude psychologique ! Chacun voit bien les risques de dérives que peut permettre la notion de “ l’aptitude psychologique ”, aptitude exigée en somme pour définir une aptitude professionnelle.

La SNCF, un laboratoire pour le Medef

Croire que cette situation restera marginale, ou confinée à la SNCF, est une erreur. Cette expérience n’est pas seulement le fruit d’une volonté managériale des cadres de la SNCF. Au contraire, elle s’inscrit dans le contexte global de régression des droits et acquis sociaux pour tous les salariés.

Il s’agit bien là d’une nouvelle tentative de “ mise au pas ” des couches populaires. Le patronat observe avec la plus grande attention les capacités de résistance des cheminots qui ont une place particulière dans la lutte de classe en France. Cela fait un moment que les tenants du pouvoir rêvent de cadenasser cette force sociale. En ce sens, l’application de la directive européenne libérale constitue bien un outil répressif contre les cheminots.

Par ce type de dérives patronales, et au-delà des cheminots, c’est bien toute la population salariée qui est menacée. Après le chômage de masse, la précarisation, les licenciements comme formes de culpabilisation pour le monde salarié, voici une forme nouvelle de soumission sociale : l’aptitude ou non à préserver son emploi ! Face aux enjeux sociaux et politiques que représente la mise en place de ces nouvelles normes médicales et psychologiques, nous aurions pu croire que la réaction des organisations syndicales allait de soi. Il n’en a rien été.

Bien au contraire, enfermées dans la logique institutionnelle avec la direction SNCF, les fédérations syndicales, la fédération CGT en tête (largement majoritaire), ont accepté les arguments mensongers de la direction. Seule la fédération SUD rail, consciente de l’impasse, a pourtant réagit en tentant d’alerter les salariés. Devant l’impossibilité de construire une riposte massive, SUD rail, a engagé plusieurs procédures juridiques entre autres contre l’application de la directive européenne.

JJL

 
☰ Accès rapide
Retour en haut