Courrier d’une lectrice : A propos de la Coupe du monde de foot

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Dans le numéro d’été, nous avons publié sous la rubrique “point de vue”, un article d’Eric, “Coupe du monde : vive les bleus” où l’auteur s’en prenait, d’une manière virulente, à l’idéologie du sport. Une lectrice en désaccord avec ce point de vue nous écrit.

À la lecture de l’article sur la coupe du monde, je suis effarée. Parce qu’il m’est revenu ces moments sur les terrains, à s’entraîner, à jouer, à rigoler... Des moments partagés autour d’un esprit plutôt axé sur “se faire plaisir” que le “on va gagner” (et sans faire d’angélisme primaire). Certes, la victoire est toujours plaisante, mais elle était prise pour ce qu’elle est, une simple reconnaissance d’un travail supposé bien accompli par les protagonistes, et non le fait de “mettre à terre” les autres. Certes, il s’agit là de souvenirs liés à un sport amateur, et pour employer l’expression adéquate, populaire. Rien à voir avec le haut de gamme professionnel, et sa compétition mondiale... Il n’empêche : ce qui est particulièrement gênant dans cet article est la totale dénégation du plaisir, pour un groupe, d’être ensemble pour faire quelque chose ensemble, fût-il appelé : sport.

Mais ce qui est fondamentalement déroutant, pour quelqu’un-e qui souhaite convaincre ces “ masses populaires ” qu’un autre rapport au sport est possible et nécessaire, c’est l’exclusion prônée dans l’article de ces mêmes “ masses populaires ”. Ainsi, on ne peut regarder le sport aujourd’hui et se dire anticapitaliste puisque c’est légitimer le système ! Autrement dit, on ne peut pas regarder des équipes et leurs parcours, et être critique sur la mise en scène qui l’accompagne (hymnes nationaux compris), sur le système économique qui l’entoure et surtout, le récupère et l’utilise.

On ne peut pas aimer le foot (le jeu, au même titre que les échecs ou la belote, tiens !) sans hurler au patriotisme lors des coupes du monde et sans constater que seul Adidas est gagnant ! Non, un bon révolutionnaire anticapitaliste porte uniquement le maillot du “Che”, il est habillé en rouge ou noir selon les références, et il s’autorise à crier slogans et chanter hymnes internationaux (voire à insulter, ou foutre son poing sur la gueule de personnes de cortèges différents...). Rien à voir avec les mécanismes qui se retrouvent dans les manifestations populaires avant, pendant ou après les exploits sportifs !

L’article est déroutant non seulement parce qu’il affirme finalement que les “vrais révolutionnaires” méprisent ceux et celles qui peuvent être critiques tout en appréciant le sport, mais aussi parce qu’ils oublient que laisser sur le bord de la route toute une frange de la population, c’est réduire d’autant l’émancipation à quelques un-e-s...

Les théoricien-ne-s (cette grande élite), bien campés sur leur mémoire sélective (car, pour info, l’Espagne révolutionnaire de 36 organisait elle aussi des jeux olympiques en opposition à ceux de Berlin... [1]), persuadés qu’écrire leur prose suffit à convaincre, n’ont pas besoin d’aller justement là où sont les masses qui pourraient réaliser leur pensée (des fois qu’elle soit légèrement aménagée ?...). Qu’ils se rassurent donc, les tenants du capital eux, ont bien compris tout l’intérêt de mettre à leur service des pratiques populaires (j’allais presque dire “humaines”...), sans aucun souci à se faire : leurs opposants n’y mettront jamais ne serait-ce qu’un pied, parce qu’y jeter un œil, c’est déjà trahir la cause !

Et lorsque l’article fait référence à une critique radicale du sport d’un point de vue “gauche révolutionnaire”, il ne contient même pas une once d’alternative pour ceux et celles qui le pratiquent, se sentent pourtant anticapitalistes, voire libertaires. Il y transpire une incapacité à penser un sport, pratiqué par des hommes et des femmes où chacun-e met ses compétences au service du groupe. Non pour la gloire, et même pas pour l’argent. Désolant...

Cécile

[1Voir à ce sujet l’article dans le hors série n°30 du Monde libertaire de juillet/septembre 2006

 
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