Fusion Suez-GDF : La tête dans le gaz et les doigts dans la prise...

Version imprimable de cet article Version imprimable


Alors que le débat à l’Assemblée nationale touche à sa fin, la marge de manœuvre reste étroite pour mettre en échec un projet de fusion largement rejeté par la population.

Le projet de fusion Suez-GDF fait débat, et c’est tant mieux. Et en cette période pré-électorale, les déclarations des uns opposées à celles des autres font apparaître qu’il existe encore, entre la droite et la gauche, de vraies divergences idéologiques. De cela, on ne peut que s’en féliciter. Cela étant posé, il n’en reste pas moins vrai qu’il y a du vide entre les intentions et les actes des forces politiques et sociales de gauche. Au point de laisser penser que beaucoup s’adonnent à une gesticulation de principe. En fait, partis et syndicats ont bien du mal à surmonter leur passif : celui d’avoir, depuis 1998, persévéré dans des orientations d’accompagnement libérales. Aujourd’hui, chacun d’eux s’observe et s’appuie pour justifier le renoncement de l’autre... et donc du sien.

Ainsi et dans la continuité, mardi 12 septembre, le succès de la manifestation des gazier-e-s a été à la hauteur des espérances de mobilisation des fédérations syndicales organisatrices... Il faut dire en effet qu’au mois de juin dernier, la CGT et FO ont posé leurs signatures à côté de celles de la CFDT, de la CFTC et de la CFE-CGC en bas d’un accord social conclu dans le cadre de l’ouverture des marchés de l’énergie en 2007. Un accord dont les termes portent sur la mobilité géographique et fonctionnelle des agents du service mixte appartenant à EDF et GDF.

Il faut souligner également que début septembre, les membres représentant le personnel au conseil d’administration de GDF ont approuvé unanimement la lettre des propositions entrant dans le cadre du projet de fusion faite par leur direction en réponse à la liste de griefs éditée par la Commission européenne.

Quelques jours plus tard, le vendredi 15 septembre, ils n’étaient que 14 députés à voter contre le premier article du projet de loi sur la libéralisation du marché du gaz et de l’électricité. 14 députés de gauche contre 36 de droite... et 8 612 amendements ! La semaine suivante, le gouvernement et l’ensemble des députés de gauche trouvaient un accord sur la durée des débats et convenaient d’une date butoir.

Les ravages de la collaboration de classe

Pendant ce temps, et fort de ce vide, les forces les plus réactionnaires de ce gouvernement n’hésitaient plus à enfoncer des coins, histoire de conditionner un peu plus l’opinion publique sur le caractère ringard et dépassé des valeurs portées par les services publics... Haro donc sur les régimes particuliers de retraites, mais aussi sur les principes d’égalité de traitement, d’intérêt général et de propriété collective.

Les déclarations de Fillon faites en plein débat sur la loi de libéralisation du marché de l’énergie ne tenaient en rien de la provocation, bien au contraire. Elles ont été faites, à force d’opposer, en la stigmatisant, la condition de ces “nantis” d’agents des services publics à celle des autres citoyens, pour détourner l’attention ce ces derniers des véritables enjeux de ce projet de loi (une loi jugée néfaste par 81% des Français-es) et de rendre vaine toute tentative d’opposition collective.

Si la méthode n’est pas nouvelle, elle semble toujours efficace. De ce point de vue, les commentaires des médias, et dans une autre mesure, la réaction de quelques syndicats, éclairent assez bien sur l’étendu des dommages causés par le conditionnement libéral.

Et ce ne sont pas les dernières déclarations faites à propos de l’impact négatif sur l’emploi causé par la fusion Suez-GDF (la suppression à moyen terme de 20 000 emplois), ou encore celles faites à propos du dispositif de retour au tarif régulé qui vont démentir ce constat. Jugez plutôt : Chérèque réduit la suppression des emplois à un « déplacement d’emplois » et rassure en affirmant que cela ne touchera pas la France (sympa pour les camarades belges et autres européen-ne-s !).

Quant à l’ensemble des administrateurs/trices salarié-e-s d’EDF issu-e-s des fédérations syndicales (CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC), ils/elles critiquent le dispositif de retour au tarif régulé pour l’usager ayant opté pour le tarif du marché.

Le 3 octobre a lieu un rassemblement national contre la fusion, tout un programme...

Les idées ont des conséquences. On finit par les subir, faute de les avoir discutées ou combattues.

Correspondant AL, le 26-09-2006

 
☰ Accès rapide
Retour en haut