Espagne : Régression sur l’IVG : la lutte s’organise

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Depuis la validation du projet de loi restreignant (pour ne pas dire interdisant) le droit à l’avortement en Conseil des ministres le 20 décembre, la résistance s’organise, en Espagne et en France. Nieves, militante syndicaliste en Aragon, nous parle de la mobilisation qui se prépare.

En revenant sur le droit des femmes à avorter librement (voir AL de novembre 2013), le gouvernement espagnol, avec en tête le ministre de la justice José Ruiz-Gallardon aura permis de démontrer que les luttes féministes sont loin d’être dépassées. La mobilisation ne s’est pas fait attendre, avec des manifestations dès le 20 décembre en Espagne, à Madrid et à Barcelone, qui ont fait l’objet d’une sévère répression, notamment à Barcelone où plusieurs manifestantes ont été arrêtées. La lutte s’organise en France également, avec un premier rassemblement le 27 décembre à Paris qui a réuni environ 200 personnes. Depuis, d’autres manifestations ont eu lieu, notamment à Poitiers, Nantes, Marseille et Toulouse, mobilisant entre 500 et 1000 militantes et militants, dont la couleur politique allait de la gauche libérale (Parti socialiste) aux féministes radicales, en passant par les organisations politiques anticapitalistes et libertaires, et le milieu associatif.

Machiste, dégradante, injuste, paternaliste

Pour que la loi réactionnaire reste à l’état de projet, les organisations féministes espagnoles sont à l’initiative d’une mobilisation nationale, soutenue par l’ensemble des forces de gauche et le mouvement libertaire. Pas décidées à abandonner, les féministes espagnoles appellent à une grande manifestation à l’échelle européenne pour le 1er février. Des « trains de la liberté » achemineront les femmes vers Madrid, et en France plusieurs manifestations sont prévues ce jour-là, en solidarité.

Ainsi depuis le 20 décembre, tout l’échiquier politique (à l’exception du Front national qui s’est empressé de saluer ce retour en arrière misogyne) s’est découvert féministe et s’allie pour dénoncer le retour en arrière espagnol. Comme d’habitude, la défense des droits des femmes est instrumentalisée par une classe politique qui ne s’en préoccupe que lorsque c’est dans son intérêt. En revanche, quand il faut donner les moyens pour garantir l’accès à l’IVG à toutes les femmes, tout ce beau féminisme ne résiste pas (en dix ans, plus de 130 centres pratiquant l’IVG ont fermé sans qu’aucun gouvernement ne s’en émeuve). Ressusciter le ministère des droits des femmes est bien pratique pour se donner l’air progressiste à peu de frais, mais qui croit encore au féminisme d’État ?

Les grenouilles de bénitiers toujours actives

L’actualité espagnole est aussi l’occasion de rappeler que le droit à l’IVG ne fait pas l’unanimité en Europe : avorter est un délit à Malte, possible seulement en cas de viol ou inceste à Chypre et en Pologne (où seuls la malformation du fœtus ou le danger de mort pour la mère peuvent justifier une IVG). Il a fallu qu’une femme meure d’une septicémie après une fausse couche pour que l’Irlande accepte que des femmes avortent si leur vie est mise en danger par une grossesse.

En France, le militantisme catholique et réactionnaire ne connaît pas la crise, entre les manifestants roses et bleus qui se mobilisent contre la « théorie du genre », et ceux qui récitent des ave maria devant les centres IVG. La dernière marche pour la vie a rassemblé environ 25 000 personnes le 19 janvier dernier, où l’on trouvait notamment Christine Boutin (ex-présidente du Parti chrétien démocrate) et Bruno Gollnish (FN). Il y a donc encore du chemin à parcourir pour que l’IVG soit accessible à toutes les femmes sans condition de ressources, sans barrières morales, politiques et sociales. Ce sont les luttes féministes qui ont permis des avancées sociales significatives pour les femmes, il est donc l’heure de donner à ces luttes toute la vigueur, la combativité et la détermination qui les caractérisent.

Auréline (AL Toulouse)

 
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