Lire : Joignot, « Gang bang »

Version imprimable de cet article Version imprimable


La pornographie est un sujet propice à la polémique, souvent caricaturé en une opposition binaire entre liberté d’expression et droit des femmes. Gang bang de Frédéric Joignot n’amène que peu d’éléments pour s’y retrouver dans ce débat.

Seulement quelques pages sont consacrées aux questions éthiques soulevées par la pornographie, à la possibilité d’un syndicat des acteurs et actrices ou à celle d’une instance visant à contrôler le respect de pratiques de sécurité pour des travailleurs et travailleuses soumis quotidiennement au risque du Sida.

De même, selon l’auteur, les féministes qui ont longtemps milité pour l’abolition de la pornographie l’auraient fait au nom d’une défense de l’essence de l’amour. Une ineptie qui n’est bien sûr accompagnée d’aucune référence. Et l’auteur, quelques pages plus loin, de se demander si il ne serait toutefois pas sain d’au moins appliquer à la production pornographique, les mêmes règles du droit du travail en terme de harcèlement et de santé que l’on applique dans les autres productions (p. 160). Un argument depuis longtemps avancé par… des féministes.

Les premiers chapitres sont toutefois d’intérêt pour qui voudrait avoir une idée du visage que peut prendre la pornographie de nos jours, notamment depuis l’arrivée d’Internet. On y trouve l’arrivée en masse sur le marché de gonzos : des films dépourvus de tout scénario, où s’enchaînent les scènes de sexe sans interruption. Joignot décrit bien le caractère de plus en plus violent, et dégradant de ces films : des bukkakes où 5, 6, 10 hommes éjaculent l’un après l’autre sur une femme, des doubles pénétrations (vaginale et anale), des fists où 1, 2 ou 3 poings sont insérés dans le vagin ou l’anus d’une femme, des femmes que l’on gifle de plus en plus fort, des fellations où l’on force les femmes à s’étouffer sur un pénis jusqu’à la limite du vomissement…

Les questions de l’auteur qui reviennent comme un mantra lors de ces chapitres (« Quelles pressions subissent ces femmes en coulisse ? Qu’en est il du rapport de force sur le plateau ? ») paraissent un peu trop oubliées lors de la fin du livre et guident trop peu l’analyse. Dommage.

Rémi (AL Paris-Sud)

  • Frédéric Joignot, Gang bang, Seuil, Paris, 2007, 204 pages, 15 euros
 
☰ Accès rapide
Retour en haut