Travailleuses et travailleurs immigrés : La CGT passe à la vitesse supérieure

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Les sans-papiers viennent de plus en plus toquer à la porte des syndicats et, en premier lieu, de la CGT. Le travail patient de tout un réseau de syndicalistes, notamment au sein d’Ucij, n’y est pas pour rien. Le phénomène bouscule la confédération et promet d’aller en s’amplifiant.

Incontestablement, depuis plusieurs mois, la CGT démontre l’évolution majeure qu’elle a effectuée sur la question des travailleuses et travailleurs immigrés, qu’ils soient réguliers ou « clandestins ». Certes, cela fait bien longtemps que la confédération avait rompu avec le discours dangereux du « produisons français » employé dans les années 1980. Dès l’été 1996, avec l’occupation des églises Saint-Ambroise puis Saint-Bernard à Paris, la CGT s’était fortement engagée dans le soutien aux sans-papiers. Mais cela restait souvent dans une démarche antiraciste humaniste extérieure à l’entreprise, c’est-à-dire extérieure à l’action quotidienne de la grande majorité des militantes et des militants.

Les luttes menées en Île-de-France, à Modeluxe, à Buffalo Grill, plus récemment au restaurant La Grande Armée (lire ci-dessous) ont confirmé que la CGT avait passé un cap.

L’un des principaux lieux d’élaboration est, au sein du collectif Uni-e-s contre une immigration jetable (Ucij), le groupe de travail qui réunit différents syndicats (CNT, CGT, FSU, Sud), collectifs de sans-papiers (Paris XIe, XIXe…) et associations (Gisti, Autremonde, Égalité, Quartiers solidaires Belleville, Cimade, Droits devant !!…). Après un an d’activité, les premiers résultats sont très encourageants. Le tract quatre pages intitulé « Sans-papiers, défendons nos droits de travailleurs » a été tiré à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, et son succès va bientôt conduire à un retirage massif.

Afflux d’adhésions

La victoire à la Grande Armée a provoqué un véritable enthousiasme. Les demandes d’adhésion affluent à la CGT – à l’union locale de Massy, la plus en pointe, ce sont 400 salarié-e-s sans papiers qui se sont syndiqués en bloc. À tel point que les structures CGT craignent ne pas suivre le rythme. Un peu partout, elles cherchent à détacher des militantes et des militants pour suivre spécifiquement cette question, en s’appuyant sur le réseau de cégétistes qui militait déjà depuis longtemps sur ce front, souvent sans beaucoup d’appui. Il s’agit de faire émerger des équipes syndicales rôdées.

Bien sûr, ces progrès notables ne doivent pas faire oublier les questionnements fondamentaux : comment faire le lien entre les travailleuses et travailleurs migrants, qu’ils soient dans la sous-traitance internationale (agriculture ou chantiers navals par exemple) et ceux et celles qui sont sans papiers ? Comment les aider à se défendre sans les mettre en danger ? Comment lutter contre cette nouvelle forme de délocalisation qu’est la délocalisation sur place ? Comment ne pas tomber dans le piège d’une régularisation par le travail qui irait dans le sens de l’« immigration choisie » d’Hortefeux ?

Même la CFDT s’y met

L’action effectuée par le groupe syndical d’Ucij prend donc une importance grandissante, et conduit à quelques surprises. Ainsi la CFDT (!) a envoyé un représentant à une réunion d’Ucij, en vue de la manifestation du 5 avril, et certaines de ses unions locales y appellent. Une rencontre nationale CFDT-CGT est également prévue sur la question des salarié-e-s sans papiers. On voit même, depuis peu, des chefs d’entreprise venir demander des conseils juridiques aux syndicats ouvriers ! Nous les renvoyons à leurs syndicats patronaux. Qu’ils se démerdent !

Noël Morel (AL Paris Nord-Est)


SOLIDAIRES RELANCE UNE COMMISSION SPÉCIFIQUE

Les 13 et 14 mars, Solidaires (Sud) organisait à Paris un stage sur le thème « Travail et immigration ». Environ 70 camarades de diverses régions étaient là, de plusieurs secteurs (éducation, automobile, Poste et télécom, santé, culture, énergie, Sonacotra, rail, travail...) dont beaucoup impliqué-e-s également dans le réseau Éducation sans frontières (RESF). Étaient invité-e-s des camarades de la Confédération paysanne, de la CGT, de la CNT-Nettoyage, du Gisti… Décision est prise de relancer une véritable commission Immigration à Solidaires et de faire le stage chaque année. Une motion d’actualité sera déposée au congrès de Solidaires en juin.

Sébastien (AL Paris Nord-Est)

 
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