Enfermement des étrangers : Demain, les travaux forcés ?

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Le projet de directive sur la rétention et l’expulsion des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen au courant du mois de mai. L’objectif : enfermer plus longtemps et bannir les étrangers.

La directive soumise au Parlement n’y va pas de main morte. Elle prévoit :

– De pouvoir porter la durée de rétention administrative à 18 mois au lieu des 32 jours actuellement en vigueur, alignant ainsi, sous prétexte d’harmonisation européenne, notre législation sur la limite la plus défavorable des pays d’Europe. Ainsi en Belgique, déjà rendue tristement célèbre dans le domaine de l’enfermement et l’éloignement des mineurs étrangers [1], la rétention illimitée est théoriquement possible. [2]

– D’interdire pour 5 ans le retour en Europe des personnes qui ont été renvoyées dans leur pays d’origine.

Au-delà de la dénonciation indispensable du caractère inhumain d’une telle directive, il convient de s’interroger sur le sens d’une politique fort coûteuse exécutée en fonction des besoins des entreprises. En avril 2007, Damien de Blic, militant RESF, révélait quel gouffre financier représentait le coût des expulsions et notait que les dépenses d’investissement relatives aux centres de rétention administrative dans le budget 2007 (agrandissements, constructions, personnel, fonctionnement…) représentaient la somme faramineuse de 270 millions d’euros dont 48,5 millions destinés à la construction de nouveaux centres [3].

Reconduite et bannissement

À combien pourra bien se monter le budget des centres de rétention (CRA) lorsque la durée de rétention aura été multipliée par 17 ? Dans quel but un tel investissement ?

D’autant plus qu’il a été prouvé que les allongements précédents de la durée de rétention, de 1981 à 2003 n’ont eu aucun effet sur le but affiché d’augmenter le taux d’exécution des reconduites.

Mais quelques hypothèses doivent aussi être posées :

– Dans une société où loi du profit, diminution des coûts de production, mobilité des travailleurs sont des fondements, bref dans une société capitaliste, une rétention excessivement longue – un an et demi ! – et excessivement coûteuse, généralisée à toute l’UE, ça doit bien être profitable pour quelques-uns… Y aurait-il des accords financiers, économiques ou diplomatiques entre l’Europe et certains pays tiers dont les retenus sont ressortissants ? Vue de l’esprit ? Peut-être… Pourtant de tels accords ont bel et bien existé : en 1995 déjà, Danièle Lochak dans son article « La xénophobie au pouvoir » notait l’existence d’un accord entre la France et la Roumanie qui permettait l’expulsion de Roms dont la nationalité roumaine n’était pas formellement prouvée. Avec compensation financière pour la Roumanie.

– Les centres de rétention pourraient-ils devenir des réserves de main-d’œuvre dans lesquelles les pays européens pourraient puiser à loisir et à bas prix selon les besoins ponctuels des entreprises ? Pas invraisemblable dans un système où se généralise la précarité… Dirigées contre la population la plus fragilisée, les lois successives sur l’immigration sont une des attaques du gouvernement, sans doute le banc d’essai des attaques futures contre toute la classe ouvrière.

Maïté (AL Mulhouse)

 
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