Éducation nationale : Dans les banlieues, on s’organise contre Darcos

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Depuis la signature de Jospin et Chirac à Barcelone en 2001 scellant la libéralisation des services publics, il n’y a pas de répit en ce qui concerne l’Éducation nationale. On assiste même depuis septembre 2007 à une attaque sans précédent ! Mais dans les départements de l’académie de Créteil, des établissements se mobilisent contre ces logiques, dans l’unité entre élèves et personnels.

Les attaques du gouvernement Fillon portent, d’une part, sur l’aspect structurel et d’autre part, sur les missions éducatives de l’Éducation nationale (EN). Avec un management en interne opéré par les chefs d’établissement et les rectorats, et des attaques échelonnées dans le temps concernant les corps enseignants les uns après les autres !

Moins de moyens pour plus… de travail et de précaires

Sur l’aspect structurel. Sans faire de manière exhaustive un catalogue des projets, voici quelques éléments. L’EN, comme tout ministère, est soumise à la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF), qui promeut le « moins d’État », moins cher, selon les vœux des libéraux. On peut citer la réduction drastique du nombre d’enseignantes et d’enseignants (11 000 en moins pour la rentrée 2008 et pas moins de 70 000 postes liquidés en quatre ans dans les lycées), la suppression des BEP, la généralisation des Bac Pro en trois ans qui va réduire le nombre de formations, l’arrivée des établissements publics d’enseignement primaire (Epep) qui constitueront des regroupements d’écoles primaires, les perspectives de licenciements massifs des personnels auxiliaires et vacataires…

Cela avait déjà commencé avec le passage des techniciens ouvriers et de service (TOS) de l’EN aux régions au 1er janvier 2007. Mais certaines régions, en l’absence de moyens, en ont appelé au Conseil d’État qui vient d’annuler, le 12 mars, le décret qui transférait ces services aux régions et départements. Au 1er janvier 2009, seront donc rendues au service public d’éducation ces missions qui lui incombaient initialement !

Enfin, on s’attaque aux personnels enseignants sur plusieurs fronts. C’est tout d’abord le service minimum qui constitue de fait une atteinte inacceptable au droit de grève. Ce sont aussi les rapports Pochard et Attali qui préconisent l’annualisation du temps de travail (que les lycées pro avaient combattus contre Allègre en 2001), ou l’augmentation des obligations de service ! En plus, un projet de loi dite « mobilité », présenté au Conseil supérieur de la fonction publique de l’État du 18 mars, envisage la possibilité de mettre en disponibilité des fonctionnaires (c’est-à-dire de ne plus payer celles et ceux dont on aura supprimé les postes), ainsi que le recours à des intérimaires par l’État ! [1] C’est une sacrée brèche dans le statut des fonctionnaires !

Appauvrissement des contenus de l’enseignement

Au sujet des missions internes et donc des contenus de l’enseignement, c’est un autre volet de ces attaques, et non des moindres. En effet, des directives impliquent de « reconstruire » les programmes en fonction d’un « socle commun », qui sera demain le « fil rouge » de la formation de l’élève tout au long de sa vie. Avec la possibilité de passer des unités de valeur (UV) à n’importe quel moment, dans n’importe quelle structure ! Ce socle commun ne vise qu’à réduire le rôle de transmission des savoirs en appauvrissant le contenu des enseignements délivrés dans le cadre du service public.

Mais, comme contre-feux, les grèves carrées de vingt-quatre heures, à différentes dates, ne suffiront pas. Pourtant, certaines journées ont été réussies comme celles du 24 janvier et du 18 mars. Les petites communes qui sont les plus touchées sont alors celles qui se mobilisent le plus facilement (comme Charlieu dans le Rhône avec des journées « ville morte »).

Vers une riposte unitaire, avec les lycéennes et lycéens ?

Face à ces attaques, une riposte de plus grande ampleur se construit d’ores et déjà, notamment dans l’académie de Créteil, avec la mobilisation des lycéennes et lycéens, qui ont manifesté le 18 mars aux côtés des enseignantes et enseignants. À ce titre, la mobilisation dans la Seine-et-Marne, département soumis à d’importantes suppressions de postes, est exemplaire : de nombreux lycées ont débrayé, dans l’unité entre élèves et personnels. En Seine-Saint-Denis également, le nombre d’établissements en grève reconductible fin mars est important, avec des lycées où des groupes de travail profs élèves se constituent.

Un mouvement unitaire de tous les métiers de l’éducation, des parents et des lycéennes et lycéens, permettrait de réfléchir collectivement au contenu d’une transmission des savoirs collectifs, pour avancer un projet d’éducation qui soit mobilisateur !

Jérôme (AL Lyon)

[11. Le Monde, le 19-03-08

 
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