Antifascisme

Liberté d’expression : Lutter contre les promoteurs de haine

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Le « politiquement correct » opérerait une telle mainmise sur les esprits que toute expression publique « hors norme » serait aussitôt interdite. La censure serait ainsi du côté de celles et ceux qui promeuvent l’égalité réelle pour toutes et tous ! Alors dur d’être réactionnaire en 2019 ? Les faits nous prouvent plutôt le contraire.

Censée se tenir le 24 octobre dernier, une « conférence-débat » de la philosophe Sylviane Agacinski a été annulée, a tort, par l’université Bordeaux Montaigne suite à des « menaces violentes ». L’événement a suscité l’ire quasi-générale de tous les tenants de l’ordre établi sous couvert du droit à débattre.

Les organisateurs et organisatrices de l’événement dénonçant le fait : « qu’empêcher la discussion au sein d’une communauté participe d’une dérive liberticide ». Les associations, syndicats et collectifs à l’origine de la mobilisation, ayant conduit à l’annulation de l’événement, auraient pour leur part : « décidé d’empêcher la tenue d’un échange légitime et évidemment contradictoire [portant] ainsi une atteinte grave et violente à la confrontation des idées ».

Si l’événement a finalement été annulé, on peut souligner que son maintien a mobilisé plus largement qu’au sein de la communauté universitaire de Bordeaux, car même Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, se sont positionnés pour que Sylviane Agacinski, pourtant bien connue pour ses prises de positions homophobes et transphobes, puisse s’exprimer.

Leurs libertés sont nos violences quotidiennes

lus récemment, à un niveau national, la mobilisation de plusieurs collectifs féministes contre la promotion du dernier film du cinéaste Polanski, condamné à plusieurs reprises pour viols et agressions sexuelles, notamment sur mineures, a entraîné là aussi des accusations de « censure » de la part des habituels polémistes réactionnaires, toujours prompts à défendre les oppresseurs, mais aussi d’une partie de la « gauche » au nom de la liberté d’expression.

À cette occasion, Le « philosophe » Alain Finkielkraut s’est – encore – distingué par un appel explicite au viol dans une émission de grande écoute. Devant des propos d’une telle violence, il est plus qu’urgent de répondre à la question : « doit-on débattre de tout avec n’importe qui ? ».

Pas de retour à l’ordre moral

Les polémiques réacs s’enchaînent régulièrement dans l’espace public et médiatique. De fait depuis le début des années 2000, elles sont devenues la norme avec l’apparition, particulièrement à la télévision, d’essayistes-polémistes invités dans le seul but de faire de l’audimat à tout prix. Dans le camp de la gauche progressiste ou révolutionnaire, l’apparition de ces propos à teneur essentiellement réactionnaire a souvent été acceptée, au nom du débat et de la fameuse liberté d’expression.

Pourtant, ces polémistes ont patiemment mis en place une stratégie dont l’objectif n’est pas de débattre, mais bien de pouvoir utiliser le débat pour répandre des discours semant au mieux la confusion, au pire la violence et la haine.

Bien rodée aujourd’hui, cette tactique a permis de réinstaller durablement les discours réactionnaires comme dominants, un temps minorisés par les luttes féministes. Ce schéma a fait le succès d’un Alain Soral ou d’un Eric Zemmour, ou si l’on remonte plus loin, de Jean-Marie Le Pen. Cette stratégie n’a rien d’une volonté de débattre, ce qu’aujourd’hui les militantes et militants du mouvement social commencent à bien comprendre, en s’organisant pour ne plus les laisser parler.

À travers les attaques contre Yann Barthès, Valeurs actuelles cible en fait des discours pro-migrants ou pro-LGBT.

Ces individus, souvent issus des groupes dominants (petite bourgeoisie, masculin, blanc, hétérosexuel, cis, …) sont en réalité en mission pour l’ordre qui opprime les dominé·es de toutes sortes. Derrière leur pseudo-volonté de débattre, ces personnages défendent la violence envers les femmes, les personnes racisées, LGBTI et les pauvres.

Laisser s’exprimer ces individus c’est finalement moins un gage à la liberté d’expression – dont ces idées bénéficient largement dans l’ensemble de nos lieux de travail et de vies, où les mécanismes de domination s’expriment pleinement – que de cautionner la violence contre celles et ceux qui sont visé·es par leur discours, souvent au péril de leur santé et de leur vie. Il n’est donc plus question de savoir si oui ou non, il faut se mobiliser lorsque ces discours risquent d’être tenus, mais comment renverser leur hégémonie médiatique.

Face à leurs haines, mobilisons-nous !

Aujourd’hui, on voit bien que nombre d’événements de paroles publiques sont combattus par les premières et premiers concernés. Il est donc nécessaire d’être à leurs côtés et de défendre leur légitimité réelle face aux discours réactionnaires qui menacent leurs acquis et leur sécurité physique tout en ayant conscience de notre rôle d’allié·es lorsque nous ne sommes pas directement concerné·es. Il ne s’agit pas de se substituer aux personnes qui luttent mais bien de les soutenir sans ambiguïté et inconditionnellement.

La meilleure voie quand elle est possible, c’est d’organiser la mobilisation au travers d’événements publics et d’actions directes. C’est en permettant de constituer des fronts locaux ou nationaux larges sur ces questions, au travers de l’organisation d’événements, de participations aux manifestations, et de vigilance contre tous les propos réactionnaires, que le recul de cette propagande sera possible.

La question de la représentation des groupes minoritaires est aussi à poser dans nos organisations, politiques ou syndicales, trop souvent les luttes et les violences sexistes et racistes sont trop passées sous silence. Il faut organiser au maximum des espaces où la parole des principales et principaux concerné·es puisse s’exprimer, légitimer cette parole et lui permettre d’exister publiquement. Plus de quartiers pour les réacs !

Commission antifasciste de l’UCL

 
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