A Contre Courant : L’Europe des Versaillais

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Depuis 50 ans qu’elle se construit, l’Europe n’aura été constante qu’en ceci : la déconstruction du mouvement ouvrier européen et de ses deux siècles de conquêtes sociales. Depuis 50 ans en effet, les institutions européennes n’ont été que le cadre d’organisation du Capital et la structure d’intégration des économies capitalistes des différents États européens. En dépit de tous ses griffonnages juridiques et maquillages institutionnels, le seul projet politique européen reste ce qu’énonçait explicitement sa dénomination d’origine, aujourd’hui délibérément caché : un marché commun !

L’Europe des commissaires de Bruxelles, des juges de Luxembourg, des banquiers de Francfort, des policiers de Schengen et des ersatz de députés de Strasbourg, c’est l’instrument de coordination et de coercition, à l’échelle européenne, de la même politique libérale dans chacun des Éats membres. Un demi-siècle d’Europe, c’est un demi-siècle de destruction des droits sociaux, de précarisation et paupérisation du salariat, de démantèlement des services publics, de marchandisation des biens et services, de dislocation des garanties collectives. Et c’est ce demi-siècle de régressions sociales qu’on nous propose aujourd’hui de constitutionnaliser ? qu’on nous impose de reconduire et d’élargir à 25 ? Avec un salaire horaire d’1,35€ en Bulgarie, les effets bénéfiques (pour le Capital) de l’élargissement ne tarderont pas à se faire attendre.

Il n’y a pas d’Europe sociale et il n’y aura pas d’Europe sociale. Car il ne peut pas y avoir d’Europe sociale dans le cadre de l’Union européenne ! Tous les traités sociaux et chartes sociales que nous vend la social-démocratie européenne pour nous faire avaler le thatcherisme bruxellois se heurte à la logique antisociale du Marché commun. Tous les boniments que déblatère l’Europe Arc en Ciel des gauches plurielles (rouge, rose, verte) sur l’Union comme rempart à la mondialisation et contre-pouvoir à l’impérialisme américain, et son chantage sur l’air du « Sans l’Europe, ce serait encore pire » sont contredits pas cette réalité incontournable : l’Union est le cadre et Bruxelles l’instrument de mise en œuvre du capitalisme mondialisé en Europe.

Le mouvement social en Europe est confronté à une double urgence. Celle d’abord de porter le combat au niveau où sont définies les orientations et prises les décisions. Le mot d’ordre évolue - « Sortir du SME », « Non à Maastricht et aux critères de convergence », « Rejet de la Constitution Giscard », la nécessité reste la même : la rupture avec la bureaucratie communautaire et ses politiques antisociales. Celle, complémentaire et non antinomique, de mise en relation des salarié(e)s d’Europe pour coordonner leurs luttes et organiser une mobilisation unitaire contre la politique de l’Union - c’est-à-dire mener la lutte des classes au niveau européen où s’est organisé le Capital.

Paraphrasant Proudhon qui écrivait au milieu du XIXe siècle à propos de la recomposition des États germaniques que ce qu’il fallait à la vieille Teutonie n’était pas une confédération mais une liquidation, la position du mouvement du social à l’égard de l’Europe communautaire et de ses contorsions institutionnelles se résume à ceci : « Ce qu’il faut à l’Union européenne n’est pas une Constitution. C’est une liquidation. »

 
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