Manifeste de l’UCL

Briser la mécanique raciste

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La lutte contre le racisme est un enjeu essentiel pour l’ensemble de ceux et celles qui luttent pour l’égalité. Elle revêt une importance particulière pour permettre la solidarité entre toutes et tous les exploité·es face à l’État et au patronat.

Manifestation des familles de victimes policières, le 19 mars 2017, à Paris.
cc Vincent Nakash/UCL Saint-Denis

Qu’il prenne la forme de discours haineux ou de discriminations, qu’il soit véhiculé par l’État, la bourgeoisie ou le prolétariat, le racisme est un système de domination multiforme qui crée des divisions au sein des populations, entre un groupe majori­taire et des groupes minoritaires opprimés, en prenant pour base une origine, des critères physiques ou culturels auxquels des stéréotypes sont rattachés.

Un produit du nationalisme et du colonialisme

Les États européens, dans leur volonté d’uniformiser les territoires contrôlés et de centraliser le pouvoir, ont construit politiquement et de manière artificielle un « corps national » autour d’une identité définie comme « blanche et chrétienne » à partir d’une histoire tronquée – ce qu’on nomme le « roman national » – excluant et opprimant les minorités ne répondant pas à ces critères.

Hier comme aujourd’hui, les minorités vivant à l’intérieur du territoire et exclues de ce « corps national » subissent la domination raciste. C’est notamment dans ce contexte que se sont développés l’antisémitisme et la rromophobie en Europe, les juifs, les juives et les Rroms étant défini·es comme la figure antinationale, racisée, désignée comme extérieure au « corps national ».

En parallèle, la colonisation de l’Amérique, puis, à partir du XIXe siècle, l’extension de l’impérialisme colonial à l’ensemble du monde non occidental, se sont appuyées sur une définition raciste des peuples non européens. Pour justifier leur asservissement, et l’accaparement des territoires qu’ils habitent et de leurs richesses, les peuples colonisés furent désignés comme inférieurs afin d’autoriser le recours massif à l’esclavage, à la déportation et au travail forcé pour des millions d’individus.

Le racisme visant les descendantes et descendants de peuples colonisés, en France et dans les autres pays ayant participé à la colonisation, est aussi le prolongement de cette histoire. L’islamophobie, entendue comme un racisme touchant les personnes musulmanes ou considérées comme telles, est née également de ces deux dynamiques.

Un rempart pour les classes possédantes

Les périodes de crise économique et de régressions sociales sont propices au renforcement du racisme. Les pouvoirs politiques et la bourgeoisie peuvent alors s’appuyer sur le racisme pour diviser ceux et celles qui auraient intérêt à s’unir pour contrer les effets dévastateurs du capitalisme.

Désigner des boucs-émissaires comme responsables du chômage, de la précarité et de la misère, permet à la bourgeoisie de détourner les classes populaires des revendications d’égalité économique et sociale. Les politiques de fermeture des frontières mises en place par l’État, les lois visant à stigmatiser une partie de la population ou encore les pratiques concrètes des institutions politiques (police, justice, école…) tendent à participer en France à la mise en œuvre d’un racisme d’État.

L’antisémitisme permet quant à lui de protéger la bourgeoisie nationale de la colère populaire en désignant les juifs et juives comme pseudo-classes dominantes, par la mobilisation des stéréotypes racistes autour de la prétendue domination de la « finance juive ». Les politiques antisociales sont ainsi présentées comme le résultat d’un « complot » et non pour ce qu’elles sont : les effets du capitalisme.

Pour l’auto-organisation de la lutte

La lutte contre le racisme est un enjeu essentiel pour l’ensemble de ceux et celles qui luttent pour l’égalité. Elle revêt notamment une importance particulière dans la lutte des classes pour permettre la solidarité entre toutes et tous les exploité·es face à l’État et au patronat. Ainsi, notre solidarité va-t-elle en premier lieu aux mouvements qui, aux luttes antiracistes, associent un projet démocratique d’émancipation sociale en s’appuyant sur l’action des classes populaires.

Les représentations construites par la République coloniale sont maintenues et permettent à la hiérarchie raciste de continuer de s’exercer. Dans les territoires encore occupés par la France, le colonialisme continue d’être un profond vecteur de racisme.

Il nous appartient aussi de lutter contre le racisme au sein de notre organisation avec tous les outils à notre portée.

Le mouvement révolutionnaire doit prendre la mesure des transformations du système de domi­nation raciste, avec une marginalisation progressive du racisme « biologique » au profit d’un racisme « culturel ». C’est ce qui est à l’œuvre avec un antisémitisme contemporain bien réel où les stigmatisations, les violences à l’encontre des personnes considérées comme juives frayent avec le complotisme.

C’est aussi ce qui a permis le succès de la théorie du « choc des civilisations » dont les violences et ­discriminations islamophobes qui frappent la quasi-totalité des pays occidentaux sont une des principales conséquences. Niant la réalité de cette islamophobie, certaines et certains instrumentalisent la nécessaire critique des religions pour, en réalité, diffuser des discours racistes. Au contraire, nous devons défendre un antiracisme clair, lucide, fondé sur une analyse de la réalité sociale débarrassée des fantasmes et des essentialismes.

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