Manifeste de l’UCL

Contre tous les impérialismes

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Nous nous plaçons résolument du côté des peuples, contre tous les impérialismes, qu’ils soient mondiaux ou régionaux. Nous militons pour l’abolition du pillage commercial qui ruine les pays du Sud, et pour la liberté de circulation et d’installation des travailleurs et travailleuses.

Miliciennes kurdes des YPJ, en Syrie, en 2012.
cc YPJ-YPG

La division de l’espace terrestre en États-nations est une construction liée au développement historique du capitalisme et des États. C’est sur le socle idéologique de « la nation » que se forge la domination politique de l’État et des classes dirigeantes dont il est l’instrument.

L’idéologie nationale repose sur la négation en dernière instance de toutes les différences, de tous les antagonismes sur un territoire donné : négation de la pluralité des cultures et des langues, négation de la lutte des classes, négation des rapports de domination et d’oppression.

Nous refusons donc les logiques politiques nationalistes qui construisent en réalité un mythe fondé sur la pureté et « l’autarcie culturelle » afin d’opposer les exploité·es entre elles et eux, et de justifier leur soumission.

Le fédéralisme libertaire nous paraît permettre la coexistence de multiples cultures et leur brassage, sans qu’une seule soit imposée aux individus par un pouvoir politique.

L’essor du capitalisme, aux XIXe et XXe siècles, n’a pu se faire sans le pillage systématique des ressources des pays du Sud. Les conséquences en sont désastreuses : guerres et massacres, destructions des équilibres écologiques, des cultures vivrières, des productions locales, au profit des secteurs d’exportation des richesses vers les empires coloniaux. Les économies locales s’en sont retrouvées incomplètes, dépendantes, incapables de répondre aux besoins des populations ce qui entraîne la montée des inégalités, la misère, la faim, l’exil.

Notre anticolonialisme

Nous nous opposons à l’impérialisme colonial et néocolonial qui légitime les discours racistes, les opérations militaires, le pillage organisé des ressources naturelles par l’alliance entre les bourgeoisies occidentales et leurs relais à la tête des États des « anciennes » colonies.

Les luttes indépendantistes du XXe siècle ont mené à un redéploiement de l’impérialisme. L’indépendance, formelle, s’est traduite par le passage d’un mode de domination direct à un mode de domination indirect, fondé sur le soutien à des classes dirigeantes désormais nationales, mais exerçant leur pouvoir dans l’intérêt de l’ancienne puissance coloniale. Dans nombre d’anciennes colonies, celle-ci conserve une présence militaire et économique dominante, et veille à ce que les gouvernements au pouvoir soient compatibles avec ses intérêts. Ces rapports de domination se sont ensuite accentués avec la mondialisation capitaliste, par le biais de l’endettement, des mécanismes de contrôle monétaire et de rapports commerciaux iniques.

La fin de la Guerre froide et le début du XXIe siècle ont vu de nouvelles puissances émerger, à l’échelle régionale, continentale voire mondiale. Elles entrent en concurrence avec les anciennes puissances impérialistes, leur contestent leur monopole de prédation économique néocoloniale et leur influence politique sur les classes dirigeantes locales. Si ces dernières peuvent parfois profiter de cette situation pour faire fructifier leurs intérêts privés, il ne s’agit, pour les populations des anciennes colonies, que de la perpétuation d’une domination extérieure. Un nouvel impérialisme vient remplacer ou se superposer à un autre, la concurrence entre les deux pouvant même dégénérer en conflit par procuration dont les populations locales sont toujours les victimes.

Adversaires résolu·es de l’impérialisme français, nous revendiquons la levée de la tutelle de l’État français sur les départements d’outre-mer, l’éradication des réseaux de la Françafrique et la fin de l’interventionnisme militaire extérieur.

Le soutien que nous apportons aux luttes des peuples contre ­l’impérialisme est en même temps lucide et critique. Historiquement, les luttes anticolonialistes, toujours légitimes dans leur refus de la domination, et en ceci a priori toujours à soutenir, ont souvent accouché de régimes bureaucratiques militarisés, voire impliqués dans des formes de néocolonialisme. Aussi notre solidarité va-t-elle aux forces qui, à leur lutte contre la domination coloniale, associent un projet d’émancipation sociale, démocratique, voire anticapitaliste et fédéraliste, en s’appuyant sur le prolétariat et sur la paysannerie.

Ce faisant, nous nous plaçons résolument du côté des peuples, contre tous les impérialismes, qu’ils soient mondiaux ou régionaux. Nous récusons la grille de lecture « campiste » qui consiste à soutenir ou à mépriser les luttes populaires en fonction du camp impérialiste qu’elles gênent.

Grève pour la régularisation des ouvriers sans papiers de Man-BTP, en 2008.
cc Sébastien/UCL Paris nord-est

Une solidarité de classe sans frontières

Le capitalisme s’est construit à l’échelle mondiale. Une stratégie de classe serait donc impensable si elle se limitait à un seul pays. Les enjeux sont internationaux, et les mouvements sociaux ont là un retard important à combler. Un combat pour une orientation internationaliste est nécessaire, qui devra passer sur le corps de bien des résistances « souverainistes » et localistes.

Nous sommes résolument favorables à la liberté de circulation et d’installation. Les États les plus puissants orchestrent la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, tout en érigeant des frontières et des murs entre les exploité·es. Ces frontières n’empêchent pas les migrations : elles tuent des milliers de migrantes et de migrants. Elles permettent en revanche de créer, dans les pays du Nord, une catégorie de travailleuses et travailleurs illégaux et privé·es de droits. Nous militons à la fois pour leur régularisation, et pour l’abolition du pillage commercial qui ruine leurs pays et les jette sur les routes de l’exil. Il n’y a pas de lutte possible contre les inégalités Nord-Sud sans lutte pour la liberté de circulation et d’installation.

Nous préconisons la solidarité internationale entre les travailleurs et travailleuses de tous les pays, entre les peuples, solidarités féministes et LGBTI, écologistes, contre les États et tous les impérialismes. L’unité internationale reste à construire, notamment au travers d’actions concrètes coordonnées pour affronter des pouvoirs depuis longtemps multinationaux.

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