Manifeste de l’UCL

Un autre futur

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Pendant le mouvement contre la loi Travail, mai 2016.
cc Vincent Nakash/UCL Saint-Denis

Partout, la réaction, la régression, la destruction sont à l’œuvre. Bâti sur l’inégalité, sur l’accaparement des richesses par les classes dirigeantes, le système capitaliste et ses relais à la tête des États poursuivent leur fuite en avant au mépris des crises toujours plus graves qu’ils engendrent et qui, désormais, les dépassent.

Profondément mortifère, ce système, fondé sur la propriété privée des moyens de production, de distribution et d’échange, et sur la recherche du profit, détruit les êtres vivants et dévore la planète jusqu’à menacer notre existence même. Il organise, à l’échelle du monde, une concurrence généralisée qui fracture les ­sociétés, les jette les unes contre les autres.

Un seul mot d’ordre semble prévaloir : la précarisation des conditions de vie, de travail, de sociabilité. Méthodiquement, les solidarités essentielles au bon fonctionnement de la société, les droits arrachés par les luttes à la voracité des classes dominantes sont attaqués et détruits. Toute contestation est réprimée par une violence toujours plus grande.

Dans les pays industrialisés, le pouvoir ne se soucie même plus de légitimer sa domination par une part de redistribution ou par la garantie de libertés publiques. La social-démocratie a vécu. L’époque est celle du retour de la peur. Peur de perdre ses moyens de subsistance, quand chacune et chacun est contraint à l’isolement social. Peur qui permet à la haine des différences – ultime atout d’un système mis à nu – de prospérer dans les discours politiques.

Un foisonnement porteur de possibles

Face à un tel constat, il y a urgence à construire un changement radical de société.

Pourtant, notre camp social est à la peine. La crise de légitimité qui frappe les gouvernants, accusés à raison de ne représenter qu’eux-mêmes et de défendre un système dont ils tirent profit, fragilise aussi les organisations traditionnelles du mouvement social et révolutionnaire, qui peinent à incarner une alternative.

Mais de cette crise de légitimité naissent aussi des mobilisations nouvelles, qui rejettent les formes d’organisation et les idéologies anciennes pour exiger une démocratie directe et radicale. Un foisonnement porteur de possibles, d’écueils aussi, d’expérimentations en tout cas.

Cette exigence de démocratie directe, ce refus de la délégation, cette affirmation du pouvoir à la base, pour la base, sont aussi les nôtres. Mais il reste encore du chemin pour qu’elles rompent avec les mirages électoraux vendus par la social-démocratie, cette promesse qu’abandonner sa ­capacité de décision au profit de quelques-uns profiterait à toutes et à tous. Elle est aussi en rupture avec la dictature ­pratiquée par les régimes socialistes autoritaires.

À cette exigence de démocratie directe, nous ajoutons la lutte contre toutes les aliénations et contre toutes les oppressions – capitaliste, raciste, patriarcale, religieuse… – sans hiérarchie entre elles.

Une organisation utile aux luttes

Nous assumons aussi notre analyse qu’une organisation formelle est à la fois un outil utile aux luttes et un moyen de garantir une démocratie réelle, par la mise en place de fonctionnements collectifs.

Cette organisation, nous l’inscrivons dans le courant communiste libertaire. Mais nous ne nous figeons pas sur un dogme qui aurait été défini une bonne fois pour toutes. Fondant notre pratique politique sur l’implication dans les luttes sociales, sur nos lieux de travail et nos lieux de vie, en phase avec les réalités de la société contemporaine, avec l’évolution des rapports de classes et de domination.

Puisant dans les courants révolutionnaires, autogestionnaires, anti-autoritaires, antiraciste, anarchistes, écologistes, féministes, syndicalistes passés comme présents, nous nous nourrissons des expériences menées dans tous les lieux où les exploité·es se battent pour leur émancipation. Sans limiter nos références. Sans nous limiter, non plus, aux frontières des États. Notre combat fait écho à ceux menés ailleurs, et s’inscrit en solidarité avec eux. Il est partie prenante d’une lutte qui est internationale et d’un projet internationaliste.

Nous savons ce que nous voulons

La période que nous vivons est instable, et nous ne prétendons pas connaître toutes les réponses aux enjeux qu’elle pose. Mais nous savons ce que nous voulons ; nous n’avons pas besoin d’hommes providentiels. Nous savons dans quelles conditions nous voulons vivre et vieillir, travailler, apprendre, aimer. Notre combat, détaillé dans ce manifeste, est un combat pour une société dans laquelle la coopération serait logique et la concurrence absurde, dans laquelle travailler serait intéressant et utile, dans laquelle l’arrivée d’une étrangère ou d’un étranger serait une bonne nouvelle.

Une société dans laquelle les travailleurs et travailleuses géreraient elles-mêmes leur activité, dans laquelle les usagères et usagers détermineraient eux-mêmes leurs besoins, dans laquelle on ne serait pas opprimé·e du fait de son handicap, de sa couleur de peau, de son genre ou de sa sexualité, dans laquelle la planète ne serait ni une poubelle ni un magot dont tirer profit. Une société dans laquelle quelques-uns, détenteurs du capital, ne se goinfreraient pas sur le dos de toutes et tous les autres, où un chef n’aurait pas raison contre tout le monde. Une société débarrassée du capita­lisme et de l’État, du racisme et du patriarcat.

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