Manifeste de l’UCL

Contre les socialismes d’État

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Le bilan des socialismes d’État, sous leurs diverses formes, est globa­lement négatif. Historiquement, le socialisme d’État a servi d’arme contre le socialisme élaboré par les travailleuses et travailleurs : gestion des crises par la social-démocratie, édification d’un capitalisme « patriote » par le nationalisme de gauche et d’un capitalisme bureaucratique d’État par le léninisme, puis le stalinisme et le maoïsme.

Les conceptions autoritaires de Lénine ont rendu possible la monopolisation du pouvoir par Staline.

Si ces régimes ont pu, durant une période, orchestrer des réformes sociales, ils l’ont fait sans jamais rompre avec les rapports de production capitalistes, ni avec les hiérarchies dirigeant·es-dirigé·es.

Ils l’ont fait en réprimant ou en domestiquant les mouvements sociaux indépendants, n’hésitant pas, dans certaines périodes, à endosser un rôle ouvertement ­contre-révolutionnaire (Allemagne 1918-1919, Russie 1918-1921, Espagne 1937-1939, Hongrie 1956, Algérie 1965, Tchécoslovaquie 1968, Pologne 1980…).

Ce faisant, ils ont étouffé les capacités politiques du prolétariat et facilité, par la suite, le retour de la bourgeoisie traditionnelle au pouvoir.

La social-démocratie

François Hollande, président français (2012-2017) et parfait représentant d’une politique social-démocrate.
Abaca

La social-démocratie repose sur l’illusion d’un État « neutre » au-dessus des classes, et donc retournable en faveur des intérêts des exploité·es.

Il y a là un double leurre : d’une part la promesse de diriger l’État contre les intérêts capitalistes ; d’autre part la promesse d’une transformation progressive de la société, pacifique et légale, réformiste, par lois et décrets, du capitalisme au socialisme.

Il s’ensuit une stratégie politique inscrite dans les institutions du capitalisme, respectueuse de ­celles-ci. La social-démocratie – dans ses variantes socialiste, travailliste ou écologiste – est avant tout un socialisme étatiste, reposant sur la délégation de pouvoir, profitant aux politiciens et aux classes dirigeantes, bureaucratiques.

Au cours du XXe siècle, l’accession au pouvoir de la social-démocratie a pu correspondre à certaines avancées sociales. Mais ces con­quêtes sont bien le fruit des luttes menées à la base. Le rôle joué par la social-démocratie, agent des classes dominantes, est alors de mettre fin à ces luttes en satisfaisant certaines de leurs revendications avant qu’elles ne s’étendent trop et ne remettent en cause les fondements du système capitaliste. Quand il n’y a pas de luttes, la social-démocratie au pouvoir n’obtient aucune concession et participe même à détruire ce qui avait été conquis.

Le bilan de la social-démocratie est désastreux pour le prolétariat. Instauration de « paix sociale » où les travailleuses et travailleurs perdent leurs capacités de résistance, soumission des organisations syndicales et du mouvement social au calendrier électoral ou à celui de la politique gouvernementale lorsque la gauche est au pouvoir.

Au final, prise au piège de la gestion du capitalisme, la social-démocratie a toujours fini par en adopter les codes et l’idéologie.

Les nationalismes de gauche

Hugo Chavez, président du Venezuela (1999-2013) et inventeur d’un prétendu « socialisme bolivarien ».

Des gouvernements prétendent parfois s’opposer au capitalisme au nom de la « patrie ». Le nassérisme en Égypte, le péronisme en Argentine ou le chavisme au Venezuela ont ainsi pu se revendiquer d’une forme de socialisme en nationalisant des secteurs-clés de l’économie et en améliorant la situation des classes pauvres.

Cependant, l’ambition réelle des nationalistes de gauche est de façonner un capitalisme national, associé à un État fort dirigé par un leader charismatique, main dans la main avec un patronat patriote, et en mettant les mouvements sociaux sous tutelle.

Historiquement, les régimes nationalistes de gauche ont engendré une classe bureaucratique et une classe possédante qui, loin d’œuvrer dans l’intérêt de « la patrie », ont toujours fini par servir leurs propres intérêts, au détriment de peuples réduits à la célébration du leader bienfaisant.

Le léninisme et le stalinisme

Projet d’une transformation révolutionnaire de la société sous la direction d’un parti dirigeant et par l’étatisation de toute l’économie, le léninisme a également fait faillite en méprisant et en combattant l’essentiel du socialisme autogestionnaire et fédéraliste né au sein du prolétariat. Le bilan est terrible, et des dictatures sanglantes ont entaché le mot même de « communisme ».

L’histoire l’a maintenant démontré : l’étatisation des moyens de production n’implique pas une rupture avec le rapport capitaliste dirigeant·es-dirigé·es, mais le ­passage d’un capitalisme éclaté, concurrent, à un capitalisme d’État, avec à sa tête une nouvelle classe exploiteuse.

Aucun parti ne peut s’autoproclamer « l’avant-garde du prolétariat » et imposer sa dictature aux travailleurs et travailleuses au nom de leur émancipation. La forme centralisée et hiérarchisée du parti léniniste, en phase avec sa fonction de prise du pouvoir et d’accaparement de l’appareil d’État, conduit à la tyrannie à l’intérieur de l’organisation, à l’écrasement de la contestation à l’extérieur, à la coupure ­entre le parti et les travailleurs et travailleuses, entre le parti et la société.

La stratégie de prise du pouvoir par le parti conduit également à des pratiques détestables dans le cadre des luttes quotidiennes : schéma de la courroie de transmission soumettant les organisations de masse et les syndicats aux directives du parti, dirigisme dans la conduite des luttes, faisant à l’occasion prévaloir l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte.

Certes, nous ne tirons pas un trait d’égalité entre léninisme et stalinisme. Le premier est un courant révolutionnaire autoritaire, alors que le second est un système bureaucratique totalitaire. Cependant, tous deux sont issus du bolchevisme, courant autoritaire du socialisme. Et force est de constater que le léninisme a fait le lit de cette bureaucratie, et qu’il a ouvert la voie aux crimes contre la démocratie et contre le prolétariat. Ces régimes sont responsables de la ­restauration du capitalisme, leurs classes dirigeantes se sont géné­ralement maintenues au pouvoir en se reconvertissant.

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