Manifeste de l’UCL

Libérer la société de l’État

Version imprimable de cet article Version imprimable


Nous refusons le mythe de l’État républicain, neutre, démocratique, surplombant des intérêts particuliers. L’État, c’est au contraire l’organisation de la violence politique des classes dirigeantes qui s’impose à la base de la société.

L’Etat est une arme entre les mains des classes dirigeantes.
cc Marie-Au Palacio/UCL Grand-Paris sud

Si le principe étatique a émergé il y a plusieurs milliers d’années, ­l’État moderne est une institution récente, concentrant entre ses mains la force militaire, policière, judiciaire et les ressources fiscales. Reposant sur le mythe de l’unité nationale par-delà les classes sociales, l’État constitue un outil fondamental de contrôle des populations et d’uniformisation culturelle. Il est l’arme principale dont disposent les classes dominantes pour asseoir leur pouvoir, aussi bien par la force que par l’idéo­logie. Il constitue l’instrument essentiel du colonialisme et de l’impérialisme modernes.

Mutation de l’État moderne

Sous le mode de production capitaliste, le gouvernement est largement l’instrument des intérêts du capital. Il participe à la constitution et à la défense des grands monopoles privés et publics. La vague néolibérale de privatisations et d’ouvertures à la concurrence perpétue l’hybridation croissante du haut fonctionnariat et de la classe capitaliste, dont les représentants circulent, au fil de leur carrière, entre la finance, l’industrie et l’administration, tissant des liens de plus en plus étroits entre sphère étatique et sphère marchande.

Si l’État néolibéral prétend moins intervenir directement dans l’économie, il continue de subventionner le secteur privé, notamment les secteurs stratégiques (armement, énergie, transports, etc.).

La décentralisation du pouvoir d’État initiée en France dans les années 1980 n’a pas encouragé le pouvoir populaire ; elle a simplement redistribué les prérogatives de l’État central à des fractions locales de l’élite politique.

La mondialisation néolibérale n’a pas non plus remis en cause le principe étatique ; elle n’a fait que transformer ses méthodes d’action. La construction de l’Union européenne a accompagné une évolution des attributions de l’État en accentuant la dépossession démocratique et en accélérant la destruction des services publics.

Ni le supranationalisme, ni le régionalisme ne constituent des moyens d’échapper à l’oppression étatique.

À l’heure où le capitalisme néolibéral connaît des crises successives depuis les années 1980, L’État apparaît encore davantage comme le dernier rempart au service de la bourgeoisie pour imposer ses réformes, réprimer la contestation sociale et défendre l’ordre social inégalitaire. Une frange de plus en plus importante de la bourgeoisie appelle de ses vœux le renforcement autoritaire, raciste et sexiste de L’État, en témoigne la montée des forces politiques conservatrices et d’extrême droite qui trouvent toujours plus d’audience dans les classes dominantes. Notre génération bascule dans une nouvelle époque marquée à droite ; plus que jamais nous devons construire des contre-pouvoirs qui marquent la rupture avec l’État.

Le sens de notre anti-étatisme

L’anti-étatisme libertaire se distingue radicalement de l’anti-­étatisme libéral. Le premier veut émanciper la société de l’État et du capitalisme ; il défend la gestion collective des biens et des services publics. Le second veut à la fois « moins d’État » pour libérer les marchés, et « plus d’État » policier et militaire pour contrôler la population et défendre les intérêts capitalistes à l’étranger.

L’anti-étatisme libertaire se distingue également nettement de l’anti-étatisme théorique du marxisme-léninisme. Contrairement à ce qu’affirme ce dernier, l’État n’est pas seulement un « produit des contradictions de classe » voué à « s’éteindre » de lui-même avec la disparition de la classe capita­liste. L’expérience soviétique a démontré que c’est un appareil de domination en soi, dont la logique interne est de se reproduire en engendrant une technocratie qui constituera la nouvelle classe exploiteuse.

Nous luttons aussi contre les institutions de répression utilisées par l’État en vue de maintenir l’ordre social : police, justice, prisons, fichage, contrôle administratif…

L’illusion du changement par les urnes

Il ne peut y avoir de réelle démocratie dans le cadre du capitalisme. C’est pourquoi, sans faire de ­l’abstentionnisme un dogme intangible, nous boycottons les institutions de l’État et les élections représentatives.

La participation aux élections représentatives constitue, pour le mouvement social et révolutionnaire, une impasse qui ne peut engendrer que division, compromission, renoncement, institutionnalisation et instrumentalisation, éloignant les exploité·es de l’action directe. Or, les conquêtes sociales n’ont pas été obtenues grâce aux urnes, aux alliances ou aux allégeances électorales mais par les luttes collectives.

Loin de correspondre à du mépris pour les personnes qui votent, l’anti-électoralisme que nous professons est politique et non circonscrit aux échéances électorales : il renoue avec l’esprit de la Première Internationale qui affirmait que « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

Nous œuvrons à préserver l’unité du mouvement social face aux divisions qui peuvent apparaître lors des échéances électorales.

Pour autant, nous ne renvoyons pas dos à dos les régimes représentatifs et les régimes autoritaires et dictatoriaux. Les uns et les autres n’aboutissent pas au même degré d’oppression des populations. Les libertés publiques – d’expression, de presse, d’association, de manifestation – ainsi que les services publics sont des conquêtes du mouvement ouvrier, que l’État n’a concédées que pour préserver ­l’ordre social. Face à l’offensive sécuritaire visant à accentuer le contrôle social de la population, il faut défendre pied à pied, et étendre, chaque conquête obtenue par la lutte. Quel que soit le régime politique, notre objectif reste le même : l’émancipation de tous et toutes et la justice sociale.

Une alternative fédéraliste

Notre projet politique se propose de substituer le fédéralisme autogestionnaire à l’organisation étatique et capitaliste. Dans une telle société, la population fixera elle-même les grandes orientations économiques et politiques.

La révolution, telle que nous la concevons, devra remplacer la démocratie indirecte par une démocratie directe. Une large décentralisation fédérative devra éviter la dépossession du pouvoir populaire au profit d’un nouveau pouvoir d’État, centralisé et coupé de la société.

Une démocratie authentique et véritablement émancipatrice ne pourra se réaliser qu’en dehors du carcan capitaliste et étatique, au sein d’une société sans classes.

- Lire le chapitre précédent
- Lire le chapitre suivant


Le Manifeste en numérique et en papier

Manifeste en PDF maquetté
à télécharger
Manifeste en PDF simplifié
à télécharger
Manifeste en eBook
à télécharger
Format 23x32 cm, 20 pages, 2 euros
à acheter ici
 
☰ Accès rapide
Retour en haut