Manifeste de l’UCL

Un antifascisme social et populaire

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Nous privilégions de façon générale les mouvements sociaux comme instruments de changement et d’action sur la réalité. En matière d’antifascisme, ils peuvent avoir un rôle essentiel d’endiguement et d’alternative.

Manifestation après le meurtre de Clément Méric par des néonazis, le 6 juin 2013.
cc Quentin Benmahdi

Le fascisme ne se réduit pas aux expériences historiques incarnées par Mussolini et par Hitler. Sous des formes adaptées à notre époque, le fascisme peut continuer à se présenter comme une « solution » politique moderne.

Le fascisme est une idéologie qui prétend hybrider discours social et national. Il est lié à la formation d’une « droite révolutionnaire » qui remet en cause l’idéologie démocratique bourgeoise, le rationalisme des Lumières. Le fascisme se vit donc comme « révolutionnaire », mais sert les intérêts de la bourgeoisie en brisant les luttes populaires, vues comme une menace contre « l’unité nationale ». Il met en avant la nation présentée comme un organisme qu’il faudrait purifier des ennemis intérieurs que sont à ses yeux les minorités, les étrangères et les étrangers, mais aussi les éléments subversifs, induisant une vision raciste, mais aussi misogyne et LGBTIphobe. C’est enfin un discours assignant une identité à un territoire.

Faussement anticapitaliste, cette idéologie défend l’ordre économique, la propriété privée des moyens de production et la recherche du profit. Elle oppose le capitalisme industriel, national, considéré comme « au­thentique », au capitalisme financier, arbitrairement séparé, et amalgamé aux juifs et juives par le discours antisémite. Celui-ci sert à protéger la bourgeoisie. Il accepte en effet volontiers le rôle des banques, dès lors qu’elles le financent.

Le fascisme veut mobiliser les masses

Dans la pratique du pouvoir, le fascisme est un mode de gouvernement qui pratique le terrorisme d’État associé à une stratégie de terreur menée par des bandes armées dont l’impunité est assurée. Il cherche à mobiliser massivement la population dans la rue pour imposer ses vues, faire éclater les verrous législatifs et constitutionnels susceptibles de l’entraver, et museler ses adversaires – le mouvement ouvrier, féministe, les minorités et les organisations progressistes ou démocratiques.

S’il possède une dynamique autonome comme mouvement et idéologie, le fascisme joue un rôle de dernier recours pour maintenir les privilèges de la minorité possédante. C’est pour cette raison que la majorité de la bourgeoisie a toujours soutenu le fascisme contre le mouvement ouvrier en période de crise, selon la formule « Plutôt Hitler que le Front populaire ».

Forts de ce constat, nous affirmons que la lutte contre le fascisme est une nécessité absolue. Loin d’être un aspect secondaire de la lutte des classes, cette lutte est une question de survie pour les dynamiques d’émancipation en période de crise.

Une stratégie reposant sur les mouvements sociaux

Nous privilégions de façon générale les mouvements sociaux comme instruments de changement et d’action sur la réalité. En matière d’antifascisme, ils peuvent avoir un rôle essentiel d’endiguement et d’alternative.

Une grève, une mobilisation féministe, une lutte pour le logement, la défense des services publics et des transports en commun ne sont pas nécessairement antifascistes. Mais, de façon implicite, en poursuivant des objectifs d’émancipation collective, elles font obstacle à l’extrême droite.

D’abord parce qu’elles occupent le terrain social, et désignent actionnaires, propriétaires, bailleurs et patrons comme les classes dominantes réelles. Ensuite parce qu’elles dispensent d’autres valeurs : la solidarité de classe plutôt que la solidarité nationale ; l’entraide plutôt que la rancœur et la haine ; le désir d’émancipation individuelle et collective plutôt que l’attachement à l’ordre traditionnel ; la responsabilité collective plutôt que le culte du chef…

Il est fondamental de garantir le caractère antiraciste de ces luttes, leur ouverture à chacune et à chacun quelle que soit son origine, sous peine de voir les fascistes chercher à y prendre pied pour les orienter dans un sens nationaliste. Cependant, si les luttes sociales créent un climat politique propice, elles ne suffisent pas, en soi, à enrayer le fascisme.

Un combat spécifique contre l’extrême droite

Il y a un combat antifasciste spécifique à mener : idéologique, politique, militant. Il faut refuser la banalisation des thèses réactionnaires, contre-argumenter, démasquer les faussaires. Il faut organiser l’autodéfense de nos espaces, de nos luttes, de nos quartiers, face aux agressions fascistes.

Nous sommes partisanes et partisans de l’unité la plus large, mais sur des bases claires, à la fois humanistes et de classe. Un antifascisme social et populaire doit dépasser les professions de foi républicaines d’une part, et d’autre part l’acti­visme affinitaire et contre-culturel.

Pour notre part, nous optons pour un antifascisme qui ne se limite pas à s’opposer à l’extrême droite « officielle », mais qui lutte contre toutes les politiques – policières, liberticides et racistes – qui lui ouvrent la voie.

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